L'Aurore boréale



Imprimez cette pageInvitez votre ami(e) à visiter cette pagePlan du site



Accueil 


<< Retour | Archives | La une | Éditorial
Le 2 février 2007

L'Aurore boréale

« Il faut que la voix des hommes sans voix empêche les puissants de dormir » (L’abbé Pierre)

cécile Girard

L’abbé Pierre, un prêtre catholique et citoyen français, est décédé à Paris, le 22 janvier. Il est parti pour ses grandes vacances, euphémisme ensoleillé qu’il utisait pour parler de la mort.

Ernest Grouest (Pierre était son nom de maquisard) a pris la défense des pauvres, des sans-abri, des itinérants longtemps avant que ceux-ci ne hantent les rues de Montréal, de Vancouver ou de Whitehorse. La pauvreté est aussi vieille que l’humanité et on peut gager que certaines cavernes étaient plus confortables que d’autres!

L’abbé Pierre a essayé toute sa vie de changer une situation endémique qui s’inscrit encore dans l’actualité récente. Le logement est un thème majeur du débat public collectif dans toutes les sociétés.

Aujourd’hui encore, des pauvres n’ont pas de logements décents dans les pays les plus riches autant que dans les pays les plus pauvres. Chaque grande cité nord-américaine a son quartier mal famé où les rats sont souvent mieux logés que les humains… et les petits villages ou hameaux éloignés des grands centres ont aussi leurs noirs secrets de mauvaises tuyauteries, de moisissures ou de courants d’air pernicieux. Le Grand Nord immaculé ne fait sûrement pas exception.

Au cours des dernières années, la question de la salubrité de l’eau dans des petits villages du Grand Nord canadien a cascadé dans les médias, révélant un réservoir honteux de pauvreté.
L’abbé Pierre avait pour son dire que le logement décent était un droit.

Les inégalités sociales le révoltait. C’est pourquoi il fonde en 1949 l’association Emmaüs. Celle-ci se consacre à la construction d’abris provisoires pour les sans-logis. Elle encourage est la prise en charge de la communauté par la communauté. L’association est financée par la revente d’objets divers de récupération, de meubles et de vêtements.

Aujourd’hui, le mouvement Emmaüs regroupe quelque 4 000 personnes et 84 communautés réparties dans 30 pays.
Le combat de l’abbé Pierre contre la pauvreté s’amplifie pendant l’hiver de 1954. La saison dure et sans pardon impose des conditions meurtrières pour qui n’a pas de logement. Le défenseur des pauvres lance sur les ondes de Radio Luxembourg un appel à « une insurrection de la bonté ».

Le gouvernement et le public répondent à son appel. Un hôtel est mis à la disposition des gens nécessiteux, des couvertures, des repas chauds, des crédits sont accordés pour la construction de « cités d’urgence ».

En 1987, il met sur pied la Fondation Abbé Pierre, vouée à la création de meilleurs logements pour les plus démunis.
Alors que certains voient en l’homme un travailleur social infatigable, un fauteur de troubles controversé, d’autres le considèrent comme un prophète, mais peu importe les perceptions. Son existence aura donné une voix aux pauvres hères, aux troubadours à la voix fêlée, aux sans-voix qui ont froid.
Mais son existence aura aussi dit aux bien nantis et à ceux qui sont au pouvoir qu’ils ont une responsabilité envers les plus pauvres de la société.

Celui qui a écrit : « Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant les chiffres » a bien mérité ses grandes vacances!


Editeur : L'Aurore boréale

<< Retour

 



Site réalisé grâce à l'éditeur Édimage Plus
© Édimage Plus / Droits et aspects légaux / L'Aurore boréale