Le 6 octobre 2006
L'Aurore boréale
Les compressions budgétaires annoncées à
Ottawa; le Yukon est sous le choc
marie-Hélène Comeau
La décision du gouvernement Conservateur de sabrer les programmes d’alphabétisation a été très mal accueillie par la Coalition en alphabétisation du Yukon qui devra fermer ses portes. On n’arrive pas à expliquer cette décision alors que le gouvernement nage dans des excédents de 13 milliards de dollars.
« La semaine dernière, on nous avait assuré que notre demande de financement avait été acceptée. Lundi matin, nous sommes arrivés au bureau pour apprendre que ces subventions n’existaient plus. Nous sommes littéralement sous le choc »,explique Sierra Van Der Meer, de la Colation d’alphabétisation du Yukon visiblement ébranlé par la nouvelle.
Le député du Yukon, Larry Bagnell, a qualifié de froide et insensible la décision des conservateurs de réduire le financement de près de 18 millions de dollars dans le secteur de l’alphabétisation.
« Les compressions se sont faites de façon abrupte sans aucun avertissement », déplore Larry Bagnell, anciennement président de l’organisme anglophone d’alphabétisation, Yukon Learn. « Habituellement le gouvernement prend le soin d’approcher les organismes qui seront touchés par les compressions. Cette approche permet alors à ces organismes de préparer un plan de transition. Mais, rien de tout cela n’a été fait. Ce geste qui touche les domaines les plus vulnérables de notre société s’explique mal. Surtout dans un contexte d’excédent budgétaire », a déploré M. Bagnel joint à Ottawa.
Pourtant, selon une enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes effectuée en 2003, beaucoup reste à faire en alphabétisation. Selon la Coalition en alphabétisation du Yukon, plus de la moitié de la population autochtone vivant au Yukon y a obtenu un niveau inférieur au niveau 3 sur l’échelle de compréhension de textes suivis. Il s’agit de 33 % de la population du Yukon.
« On nous demandait déjà de faire beaucoup avec peu. Maintenant, on ne peut plus rien faire. Avec les récentes données de l’enquête nationale sur la situation de l’alphabétisation au pays, on s’attendait à une hausse des subventions. C’est comme un cauchemar que nous vivons. Notre seul espoir pour l’instant est d’obtenir un appui du gouvernement territorial. Cet appui nous permettrait de nous donner un peu de temps pour trouver d’autres sources de subvention », espère Sierra Van Der Meer.
Les communautés francophones minoritaires seront également grandement touchées par l’annonce de M. Harper.
« Ces compressions auront un impact profond et à long terme sur le développement des communautés francophones. La dernière enquête nationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes a révélé que le taux moyen d’alphabétisme des francophones était inférieur à celui des anglophones dans toutes les régions du Canada. Plus de la moitié de la population francophone adulte canadienne a de sérieuses difficultés à comprendre ce qu’elle lit », peut-on lire dans le communiqué de presse émis par la FCAF à ce sujet.
Même cri d’alarme du côté du Service d’orientation et de formation des adultes (SOFA) qui coordonne le programme d’alphabétisation en français au Yukon.
« Le SOFA ne fermera pas ses portes, car nous offrons différents projets. Toutefois, notre volet d’alphabétisation en français pour les adultes est fortement compromis », affirme Isabelle Salesse, directrice du SOFA. « Nous sommes surpris et inquiets de cette décision du gouvernement de M. Harper. Nous espérons maintenant trouver une solution avec les deux paliers gouvernementaux, c’est-à-dire fédéral et territorial. Il le faut, car les apprenants sont ceux qui sont les victimes, à moyen et à long terme, de cette décision », ajoute-t-elle.
Plus de trois millions de Canadiens ont des difficultés à déchiffrer des documents imprimés telle qu’une carte routière ou une ordonnance. Selon l’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes, les faibles niveaux d’alphabétisation sont associés à de faibles niveaux d’emploi et à des taux de criminalité plus élevés.
Editeur : L'Aurore boréale
|

|