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Le 3 novembre 2006

L'Aurore boréale

Réflexions et confidences à la veille du jour du Souvenir

marie-Hélène Comeau

Le regard vif et le visage patiné par le temps, Émile de Villier s’anime lorsque vient le moment de parler de la Deusième Guerre mondiale. Ce septuagénaire franco-yukonnais se souvient de cette époque où il faisait partie de la jeunesse hitlérienne.

Ce mouvement était à l’époque une organisation paramilitaire du Parti nazi qui exista de 1922 à 1945. La jeunesse hitlérienne était le deuxième groupe paramilitaire Nazi.

Ce groupe était basé à Munich et était utile pour le recrutement de membres. Il fut dissous en 1923 puis refondé en 1926 un an après que le Parti nazi fut réorganisé. En 1930, la jeunesse hitlérienne comptait plus de 25 000 membres.

Émile de Villier était à l’époque au début de l’adolescence. Originaire de la Belgique, il habitait un village situé aux abords de la frontière allemande. Cette proximité permettait aux gens du village d’être considérés davantage comme des alliés plutôt que des ennemis de l’Allemagne. C’est pour cette raison que plusieurs jeunes Belges de la région étaient enrôlés dans ce mouvement.

« On nous donnait de beaux uniformes et nous les jeunes, on aimait bien ça », se souvient Émile de Villier en déterrant de vieux souvenirs. « C’était un regroupement similaire aux scouts en quelque sorte. On avait des réunions chaque semaine, des activités. Puis il fallait chanter pour Hitler avec le bras droit levé », explique-t-il en reproduisant le geste.

La raison d’être de la jeunesse hitlérienne était la formation de futurs surhommes aryens et de soldats prêts à servir loyalement le Troisième Reich.

L’encadrement de la jeunesse hitlérienne était assuré par des adultes au sein d’un corps d’armée. Le gros des membres comprenait des garçons âgés de quatorze à dix-huit ans.
Ces regroupements étaient organisées dans les villes et villages en cellules locales. Les jeunes se réunissaient chaque semaine : un dirigeant adulte y enseignait la doctrine nazie.

« Outre la jeunesse hitlérienne, les Allemands venaient récupérer aussi des hommes de ma région pour regarnir leur armée. Ils en avaient besoin pour participer aux combats qui avaient lieu en Russie. Ils servaient bien souvent de chair à canon », souligne-t-il l’émotion dans la voix. « Au début, les Allemands ne choisissaient que l’élite. Les hommes devaient avoir une certaine grandeur précise, avoir les yeux bleus et les cheveux blonds. Un seul homme de mon village à l’époque répondait aux critères. Puis, au fur et à mesure que les Allemands perdaient la guerre, les critères s’assouplissaient. On aurait pu être nain et réussir à se faire enrôler dans l’armée allemande », se plaît-il à raconter avec un accent d’humour.

Pendant plus d’une heure, Émile de Villier a raconté sa guerre qu’il a vécu alors qu’il n’était encore qu’un jeune garçon. Bombardements, tueries, empilement des morts dans le dépotoir du village, la liste des horreurs ne fait que s’allonger.

« Vous savez, pour survivre à tout ça, il fallait faire taire nos émotions. On n’avait pas d’autre choix », confie-t-il.
Mais, il se souvient également de la gentillesse exprimée par plusieurs soldats provenant de différents camps, qu’ils soient allemands ou américains. Il prend plaisir à énumérer tous les noms des gens qui lui ont apporté de petits gestes de soutien accueillis comme des rayons de soleil.

« Je me demande encore aujourd’hui si ce serait possible de retracer ces gens ou leur famille. J’aimerais tellement pouvoir leur faire part de mon appréciation envers tout ce qu’ils ont fait pour nous aider », confie Émile de Villier du foyer pour personnes âgées Macaulay Lodge, situé en banlieue de Whitehorse, où il habite depuis peu.

À 75 ans, Émile de Villier est toujours en contact avec sa grande sœur qui est restée en Belgique. Tout comme lui, elle habite maintenant un centre pour personnes âgées.

« Ma sœur qui était à l’époque au service des Allemands a beaucoup souffert lorsqu’elle est tombée entre les mains de la Russie. Après la guerre, ma mère lui répétait sans cesse qu’elle devait mettre une croix sur le passé et s’appliquer à être heureuse. Je doute qu’elle y soit arrivée », déplore-t-il, en regardant au loin, submergé par ses pensées.

À la veille du 11 novembre, Émile de Villier affirme aspirer encore et toujours à une vie paisible.

« La paix, c’est tout ce que j’ai toujours cherché à atteindre. C’est tout ce que je veux. Pour le reste, le bonheur et la joie, je n’y ai jamais goûté. Je n’y crois pas », confie-t-il dans un moment de réflexion avant de terminer l’entretien.

Editeur : L'Aurore boréale


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