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le 1 février 2006
Volume 92 Numéro 41
La Liberté

Le salaire minimum passera à 8 $ l’heure au Manitoba d’ici le 1er avril 2007.

L’illusion de la hausse

Par : Prune Vellot
Editeur : La Liberté

Le salaire minimum passera à 8 $ l’heure
au Manitoba. Une décision économiquement viable mais qui ne résout pas les questions sociales liées
à la pauvreté.Le salaire minimum passera à 8 $ l’heure au Manitoba d’ici le 1er avril 2007.

La Province a annoncé en décembre une augmentation plus rapide du salaire minimum. Situé à 7,25 $ l’heure, il devrait atteindre les 8 $ l’heure d’ici le 1er avril 2007. Une première hausse de 0,35 $ est prévue pour 2006 et une seconde de 0,40 $ pour 2007.
« Jusqu’à présent le gouvernement n’augmentait le salaire minimum que de 0,25 $/an, explique un membre de la Coalition pour un revenu juste et du Comité oblat Justice et Paix au Manitoba, le frère Thomas Novak. C’était déjà mieux que du temps des conservateurs, qui ne le faisaient qu’à la veille des élections. »
La nouvelle réforme du gouvernement permet d’aller plus loin. Le salaire minimum rattrape doucement le coût de la vie et de l’inflation. « On est content de voir que le gouvernement a changé sa politique, même si l’augmentation n’est pas encore suffisante », remarque Thomas Novak.
La coalition pour un revenu juste estime que le salaire minimum devrait être de 10 $ l’heure pour qu’une personne célibataire, sans enfant, puisse vivre adéquatement. « On croit que les gens qui travaillent au salaire minimum souhaitent simplement apporter un autre revenu à la famille, commente Thomas Novak. En réalité, ce sont des mères qui élèvent seules leurs enfants, des pères de familles, des étudiants qui doivent payer leurs études. »
La coordinatrice du Comité oblat Justice et Paix au Manitoba, Margot Lavoie, accueille d’ailleurs sans enthousiasme l’annonce de la Province. « Je suis désolée de voir que le gouvernement n’a que cela à offrir, déclare-t-elle. C’est presque une insulte pour moi. Ce n’est pas vraiment encourageant. 8 $/heure ce n’est pas suffisant comparé au coût de la vie.
Les risques sociaux
« Les familles continuent de vivre dans la pauvreté, poursuit-elle. Ça tue l’âme des gens, car ils sont sans cesse préoccupés à satisfaire les besoins primaires. Ce sont des personnes isolées, qui ne peuvent pas faire des choses au niveau social, parce qu’elles n’ont pas les moyens et parce qu’elles sont fatiguées. »
En effet, les gens vivant avec de bas revenus triment toute la journée pour répondre aux nécessités financières de leur famille. Lorsqu’ils rentrent chez eux, ils n’ont plus d’énergie pour participer aux activités de la communauté, ni même pour s’occuper de leurs enfants.
« C’est beaucoup de stress, confie Margot Lavoie. Ce n’est pas une vie de santé pas plus sur le plan psychologique que physique, car on ne peut pas acheter de la bonne nourriture comme les fruits et les légumes. Même les logis ne sont pas toujours de bonne qualité. »
Ce sont d’ailleurs des personnes qui sont amenées à déménager fréquemment, dans l’espoir de trouver un meilleur toit. Mais ce déracinement continuel n’est pas une situation facile à vivre notamment pour les enfants. « Les liens sont brisés, note Margot Lavoie. On n’appartient à aucune communauté. On a le sentiment d’être à part. On a un peu honte. »
C’est une vie sur le fil. La moindre dépense sortant de l’ordinaire est difficile à supporter. Les gens se privent ainsi de soins dentaires ou de lunettes, puisqu’ils ne peuvent pas les payer. Parfois, ils n’ont même pas suffisamment d’argent pour prendre le bus hors de leur travail.
La famille souffre de cette pauvreté comme le souligne Margot Lavoie. « Les parents sont stressés pour assurer la vie de la famille et cela peut affecter les relations avec leurs enfants, dit-elle. Il n’y a plus de tendresse. La question de la violence chez les jeunes est souvent liée à celle de la pauvreté. C’est un cercle vicieux qui mine la famille. »
Il faudrait une politique différente pour régler la situation. « On aimerait que le gouvernement mène une politique pour que les gens ne tombent pas dans la pauvreté, explique Thomas Novak. Pour cela, il faudrait que le revenu minimum soit lié à un indicateur économique ou, par exemple, fixé à 60 % du salaire moyen industriel du secteur privé. On doit protéger les personnes ayant des salaires inférieurs. Ce qui n’est pas le cas actuellement. »
Un atout économique
Les études montrent en plus que ce type d’augmentation n’affecte pas tellement le monde des affaires. « C’est un coût minimum pour les entreprises comparé à toutes les autres dépenses, souligne Thomas Novak. Surtout que la Province a promis des déductions d’impôts pour les petites entreprises. »
Il rappelle aussi qu’augmenter le revenu des plus pauvres, c’est stimuler l’économie. « Si c’est gens sont mieux payés, ils consomment plus et localement, affirment-il. Ils ne vont pas aller dépenser leur argent aux Bahamas! Ils sont un bon stimulus pour l’économie du quartier, car ils vont par exemple aller acheter des souliers pour leurs enfants. »
Lise et Denis Rémillard, qui sont les gérants des Jardins Saint-Léon, approuvent eux aussi l’augmentation du salaire minimum. « On est bien d’accord avec l’augmentation du salaire minimum, approuve Lise Rémillard. On sait que c’est quelque chose de difficile pour les gens de vivre avec des bas salaires. »
« Pour nos employés, cela signifie une meilleure qualité de vie, souligne le couple. Nos salariés travaillent fort. Ils méritent cela et même plus. C’est à nous de nous organiser pour avoir une entreprise assez forte. »
D’une certaine manière, cette annonce est aussi une bonne nouvelle pour l’économie des petites entreprises comme la leur. « Si on paye les gens seulement au salaire minimum, on a du mal à garder nos employés, remarque Lise Rémillard. Ils s’en vont travailler pour le gouvernement. Avec un salaire minimum plus élevé, la situation est plus équilibrée. C’est même avantageux pour les petites entreprises, puisque ça attire de la clientèle. »
« Le gros problème avec les emplois d’été, c’est que les trois niveaux de gouvernement proposent aux étudiants bilingues des postes à 14 $ l’heure, leur laissant croire que c’est facile de travailler », renchérit Denis Rémillard. Pour les petits commerces, note-t-il encore, c’est plutôt ce genre de compétition qui devient difficile à supporter.



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