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Le 29 mars 2006
Volume 92 Numéro 49
La Liberté

Pour quelques phoques de moins…

Par : Sylviane Lanthier
Editeur : La Liberté

Ils sont cinq millions, qui peuplent les banquises des côtes de l’Atlantique Nord. Des phoques du Groenland et des phoques à cagoule. Les deux espèces que l’on chasse dans ce coin du monde depuis des millénaires.
Au Canada, comme en Norvège d’ailleurs, la chasse au phoque est une activité traditionnelle.
Il existe des preuves archéologiques que la chasse au phoque était pratiquée il y a 3000 ans. Jacques Cartier rapporte avoir vu des Autochtones chasser le phoque dans le golfe du Saint-Laurent. Cette chasse a longtemps été encouragée par les Européens, à une époque lointaine où l’huile du phoque servait à l’éclairage. Sans compter la peau et le cuir, utiles dans l’industrie du vêtement.
Pour les Inuits, la chasse au phoque était et est encore un mode de vie; et chaque partie utile de l’animal est employée.
Au Canada, à Terre-Neuve en particulier, la chasse au phoque a favorisé l’établissement de colons il y a 300 ans, en leur fournissant un gagne-pain. Au 19e siècle, elle y a connu un véritable âge d’or. Plus de 13 000 personnes et 370 bateaux ont participé à la chasse en 1857!
Bien entendu, il y a eu surchasse. À cette époque, il y a aussi eu surpêche de la baleine, et les troupeaux de bisons dans l’Ouest ont été décimés. Les hommes ne savaient pas s’arrêter.
Dans le cas des phoques, toutes sortes de facteurs ont contribué à la diminution de la chasse, et finalement, à la préservation de l’espèce. Et parmi ces facteurs, on peut compter Brigitte Bardot.
La chasse au phoque défrayait-elle les manchettes dans les années 50? Après des années de disette, elle reprenait du poil de la bête, avec la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la hausse de la demande de fourrure et de cuir. Personne ne se serait peut-être préoccupé du sort des phoques, n’eut été la diffusion d’images de cette chasse. Des images dures, de bébés phoques mourant des suites de coups de gourdin.
C’était en 1964 et ça allait enflammer les esprits. De Brigitte Bardot à Greenpeace, les amis des phoques ont fait tellement de bruit qu’ils en ont presque tué ce mode de vie millénaire.
Ils pensaient d’ailleurs avoir remporté la partie, puisque de 1972 à 1994, la chasse au phoque est allée de mal en pis. Mais pendant ce temps, les gouvernements concernés prenaient des mesures, adoptaient des règlements plus sévères, instauraient des quotas, interdisaient la chasse des blanchons (bébés phoques n’ayant pas encore mué), s’assuraient que les méthodes de chasse ne soient pas cruelles envers les animaux (bien qu’elles puissent le paraître, des études montrent que les phoques meurent dans l’instant où ils sont frappés, et sans douleur).
Bref, les Brigitte Bardot de ce monde étaient tentés de crier victoire, jusqu’à ce que, en 1994, des études viennent indiquer que les populations de phoques avaient augmenté de 30 % depuis 1970. Loin d’être en perdition, ces espèces prospéraient… et mangeaient des tas et des tas de poissons.
Au Canada, on s’est demandé si les phoques n’étaient pas responsables, en partie du moins, de la diminution de la morue. Et s’ils n’allaient pas causer des pertes importantes pour d’autres espèces de poisson. La Norvège, autre pays chasseur de phoque, rappelle sur un site Internet que chaque phoque consomme des millions de poissons qui pourraient parfois être destinés à la consommation humaine.
La chasse au phoque n’a rien de pire que la chasse à l’orignal, au chevreuil, ou que l’abattage d’animaux de ferme qu’on élève pour en consommer la viande.
Ce sont là des animaux. Qui font partie intégrante d’un même cycle naturel dans lequel se trouve ce qu’on appelle la pyramide alimentaire. Des lapins qui mangent des plantes se font bouffer par des renards qui sont la proie de carnivores plus grands. Et il se trouve qu’au sommet de la pyramide se trouve le chasseur ultime. L’homme.
C’est ridicule de vouloir protéger tous les phoques de toute la chasse possible, pour le simple motif que les animaux, on les aime. La morue, si on lui demandait son avis au sujet des méthodes employées pour l’attraper, serait-elle plus contente? Personne n’en parle… personne non plus ne publie à pleine page des images de morue mourante dans des filets de pêche… faut croire que la morue n’a pas la capacité du phoque à susciter l’émotion. Faut-il s’y laisser prendre?
Les Brigitte Bardot de ce monde avaient des arguments quand on tuait les bébés phoques et qu’on ne connaissait pas bien leur population : y en avait-il suffisamment pour qu’on en prélève autant chaque année?
Ils sont beaucoup moins crédibles aujourd’hui, quand ils s’attaquent à une pratique qui a été analysée, « civilisée » et encadrée, dans un contexte où les phoques ne sont pas menacés par la chasse.
Exiger l’interdiction totale de la chasse au phoque est une ineptie. Ce qu’il faut continuer de faire cependant, c’est d’étudier comment ces mammifères marins se comportent dans leur environnement, et quel effet a sur cet environnement la diminution ou l’agrandissement de leur nombre. Morue et autres poissons, phoques et autres mammifères se partagent un bout de l’océan sur lequel nous comptons aussi pour nourrir des êtres humains. Or, ce bout d’océan risque fort d’être extrêmement bouleversé par le réchauffement climatique… et ça, c’est bien plus important que la simple chasse au phoque.



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