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Le 8 février 2006

La Nouvelle

Un lait, un sucre …. What ?

Par : Jonathan Fontaine et Manon Piché
Editeur : La Nouvelle

Depuis un certain temps, nous éprouvons le fort sentiment que le français a effectué un recul à Casselman. Est-ce que ce village que nous pouvions comparer aux irréductibles Gaulois d’Astérix et Obélix, face à l’invasion de la langue anglaise, est en train de jeter les armes et de se laisser assimiler comme ce fut le cas ailleurs dans la province? Est-ce normal que dans un village dont la population est à près de 90% francophone, selon le dernier recensement, plusieurs nouveaux et anciens commerces affichent et offrent des services seulement en anglais? Nous croyons que la situation est à ce point sérieuse, qu’il est urgent de tirer la sonnette d’alarme. Par ailleurs, nous tenons à préciser d’entrée de jeu que cette lettre ne se veut pas l’expression d’un sentiment anti-anglophone, loin de là, car anglophones et francophones ont leur place à Casselman.

Nous avons alors décidé de contacter nos autorités municipales et la Chambre de commerce de Casselman afin de partager notre point de vue et de connaître leur vision de la situation.

Premier appel: Conrad Lamadeleine, maire de Casselman
-Bonjour M. Lamadeleine! Mon nom est Jonathan Fontaine, résidant de Casselman. Je vous appelle en mon nom et celui de ma copine, Manon Piché. Nous avons remarqué que plusieurs commerçants, particulièrement les nouveaux venus dans notre village, affichent et offrent des services seulement en anglais.
1 - D’abord, nous souhaitons savoir si vous avez observé cette situation ?
« Oui »
2 - Est-ce normal selon vous ?
«Non, je leur ai demandé de mettre ça bilingue autant que possible. Je sais qu’il y en a un qui devrait apporter des changements. Les commentaires ont déjà été faits parce que je suis allé voir ces commerces pour qu’ils puissent faire des ouvertures officielles et en faisant ces ouvertures officielles, il serait bon de regarder pour mettre cela dans les deux langues.»
3 - Ne croyez-vous pas que cela pourrait avoir pour effet d’accroître l’assimilation de la population ?
«Ça je le sais pas, mais y reste une chose Jonathan, les trois commerçants à qui j’ai parlé ont été surpris que je leur dise qu’ils devraient annoncer dans les deux langues, car c’est une région majoritairement francophone. On est restés surpris, les gens ont dit: «Ah!, on n’avait pas pensé à ça.» Je leur ai demandé d’essayer de corriger ça avant leur ouverture officielle.»
4 - Est-ce que Casselman possède un règlement ou une politique de bilinguisme ?
«Non et tant que ça ne sera pas finalisé avec la province de l’Ontario, étant une province bilingue avec le fédéral, je ne pense pas qu’on peut imposer ça. C’est pas aussi simple que ça l’air ça là. Parce que là tu tombes avec des règlements et tu pourrais te ramasser avec des avocats, pis en cour. La seule chose, c’est qu’on est poli et on demande de mettre le bilinguisme. Normalement, ça fonctionne. On a eu dans le passé la même chose pis ça s’est corrigé, les gens l’ont mis bilingue. C’est peut-être ça qui va arriver avec ceux-là.»
5 - Est-ce que vous comptez intervenir auprès de ces commerçants pour les inciter à offrir des services bilingues ?
«Je vais leur demander, mais je ne peux pas intervenir plus que ça, je peux pas les obliger si c’est ça que tu veux savoir.»
6- N’est-il pas la responsabilité du Conseil municipal de Casselman de s’assurer que ses résidants obtiennent des services dans les deux langues officielles à l’intérieur des limites de son territoire ?
«Oui, on le fait au point de vue municipal, ça c’est vrai. On fait notre correspondance anglais/français et nos ordres du jour sont anglais/français. Mais de là à ce que tu veuilles aller imposer sur un règlement de la province de l’Ontario bilingue…»

Compte tenu des rumeurs voulant que les conseillers municipaux soient souvent en désaccord avec les propos ou les décisions du maire, nous avons cru bon de contacter le greffier de la municipalité, Gilles Lortie, et de lui poser les mêmes questions afin de comparer ses propos avec ceux de M. Lamadeleine.
Voici donc ses réponses:
Question 1: «Non, je n’ai pas remarqué ça, je pensais que tout le monde affichait dans les deux langues.»
Question 2: « Donnez-moi les noms et on va les appeler »
Question 3: «Non pas nécessairement, ça déjà été discuté et la municipalité a l’air d’être au courant que tout le monde affiche bilingue.»
- Je peux vous dire que ce n’est pas le cas.
-Ok, si tu me donnes les commerces en question on va les contacter.
- Bien, on ne veut pas dénoncer de gens, notre but est de sensibiliser et de voir ce qui est fait par la municipalité.
Question 4: « Non, on n’a pas de politique là-dessus.»
- Ce n’est pas dans l’intention de la municipalité d’en avoir une?
- On en avait déjà discuté et les membres du conseil disaient qu’ils ne sentaient pas le besoin, que ça se faisait automatiquement.
Question 5: «Oui, ça je suis d’accord avec vous.»
- Mais pas de là à mettre en place une politique de bilinguisme?
- La dernière fois que ça été discuté, Clarence-Rockland avait passé ce genre de politique, je sais que la municipalité de La Nation a passé ce genre de politique, lorsqu’on en avait discuté les membres disaient qu’ils n’en voyaient pas le besoin.
Troisième et dernier appel, Francyn Leblanc, présidente de la Chambre de commerce de Casselman.
- Nous sommes inquiets de la situation du bilinguisme dans les commerces de Casselman. N’avez-vous pas remarqué, vous aussi, que plusieurs commerces n’affichent qu’en anglais et offrent des services uniquement en anglais?
«Non, on n’a rien entendu de ça. Moi, je l’ai vu personnellement et j’ai passé mon commentaire, mais au point de vue de la Chambre de commerce, non, je n’ai eu aucun commentaire d’autres personnes encore.»
- Est-ce que la Chambre de commerce possède une politique de bilinguisme pour ses membres ?
«Non, nous autres on a pas de politique vis-à-vis de ça.»
- Pourquoi?
«Les gens sont libres de parler la langue qu’ils veulent.»
- N’est-il pas le rôle de la Chambre de commerce d’agir comme chien de garde auprès des commerces de notre village afin qu’ils offrent des services bilingues ?
«Non pas vraiment, je ne pense pas. S’il y a des problèmes, si ça devenait un problème, car dans le passé il y a eu un problème avec un magasin en particulier et ça s’est réglé à l’interne et les gens à qui ça appartenait ont compris que c’était un besoin. J’ose espérer qu’il va arriver la même chose.»
- Est-ce que vous comptez inciter les nouveaux commerces à respecter la population majoritairement francophone en lui offrant des services bilingues ?
«Si jamais quelqu’un me téléphone, nous allons nous réunir et voir de quelle façon on peut intervenir.»

Notez que nous avons gardé sous silence le nom des commerces, affichant et offrant des services unilingues en anglais, qui ont été mentionnés par les intervenants par respect pour ces commerces.

Nous retenons trois messages de ces entrevues:
1- Chacun des intervenants est plus ou moins au courant de la situation.
2- Chacun des intervenants souhaite voir un affichage et des services bilingues dans tous les commerces de Casselman.
3- Par contre, rien ne sera fait si les gens ne se plaignent pas.

Pourquoi attendre les plaintes de la population ? Est-ce pour refiler le fardeau de la dénonciation sur le dos des citoyens qui osent défendre leurs droits et intérêts? À notre avis, la municipalité et la Chambre de commerce ont la responsabilité de s’assurer que la population reçoive les services dans la langue de son choix.

Il nous appartient à nous de refuser l’offre de service unilingue. C’est à nous de dire aux commerçants qu’il est inacceptable que la majorité de la population ne puisse obtenir des services dans sa langue maternelle. Nous ne demandons pas des services uniquement en français, nous exigeons des services bilingues un point c’est tout!

Nous espérons que la prochaine fois qu’on vous servira en anglais à Casselman, vous exigerez d’être servi dans votre langue. Si chacun fait sa part, les Gaulois de Casselman demeureront irréductibles!



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