Le 1 mars 2006
La Nouvelle
Court-métrage sur fond agricole pour un artiste de Moose Creek
2006 sera fort achalandée pour Jocelyn Forgues!
Par : Jacques Des Becquets
Editeur : La Nouvelle
Les yeux de l’artiste âgé de 37 ans pétillent. Jocelyn Forgues de Moose Creek a la tête pleine de projets qu’il devra mener de front en cours d’année. Après le court-métrage Le Pari, lancé l’automne dernier, il persiste et signe. Son prochain, ce sera Embargo, qui traite des effets de la crise du bœuf sur un éleveur.
Forgues entretient bien le mystère sur son plus récent manuscrit. En pleine crise du bœuf, conséquence de la crainte de la maladie de la vache folle, l’univers du héros Marc Ladouceur bascule. L’agriculteur doit faire des pieds et des mains pour garder la ferme familiale tandis que la tension règne entre sa compagne et lui. L’histoire est fictive, certes, mais pas ce que cela remue. «Ce qui est important, c’est de faire vivre aux spectateurs les émotions des personnages dans de telles situations», fait remarquer M. Forgues, qui a lui-même été élevé sur une ferme. Les statistiques, il en existe plusieurs pour illustrer les difficultés de cette sphère d’activité, mais il voulait faire en sorte que les spectateurs s’attachent aux personnages et ne pas transformer ces quelques minutes de pellicule en documentaire.
Inspiration soudaine
Embargo est très d’actualité, mais l’un des faits frappants, c’est le contexte dans lequel son auteur l’a écrit. Jocelyn Forgues a été invité au Festival du court-métrage de Bourges (France), le seul francophone hors Québec à s’y rendre parmi 35. Dans ce cadre, les auteurs devaient insérer une scène à l’intérieur d’un scénario de court-métrage selon un thème imposé.
«Je m’étais dit que si j’en avais la chance, j’allais écrire une comédie», se souvient M. Forgues. C’était jusqu’à ce que tous apprennent de quel thème ils devaient obligatoirement traiter. «On dévoile le thème puis on écrit pendant 24 heures. Ensuite, un parrain et une marraine nous appuient pour nous conseiller. J’ai compté sur eux pour me coacher sur la compréhension du français. Il fallait s’occuper de la qualité et du contenu de façon à ce que le public français comprenne». C’est pendant cet exercice intense que le Franco-Ontarien a donné vie à Embargo. Quand j’ai écrit le scénario, mes parrains m’ont fait remarquer qu’ils voyaient ça comme un long-métrage», ajoute-t-il, le sourire au coin des lèvres. Ceci dit, les juges n’avaient guère la tâche plus facile: ils disposaient de tout juste 36 heures pour lire tous les scénarios. Jocelyn Forgues n’a pas remporté de prix dans l’une des trois catégories, mais il figurait parmi les cinq premiers. La nervosité d’emprunter toutes sortes de moyens de transport pour arriver dans cette localité médiévale en sol étranger, le stress de la rédaction, tout cela venait de rapporter des dividendes.
La «connexion» Charbonneau
Le nom du producteur Robert Charbonneau court sur toutes les lèvres depuis que les téléspectateurs ont fait la connaissance des personnages de la série franco-ontarienne FranCoeur. Jocelyn Forgues et ce gros joueur se sont liés d’amitié au cours des dernières années. Embargo se trouve maintenant entre les mains de Charbonneau.
Dans un milieu où il est difficile de percer, M. Forgues avait entendu parler d’un programme tout à fait particulier, il y a quatre ou cinq ans. Le Partenariat interministériel avec les communautés de langue officielle (PICLO) offrait des stages de formation pour les auteurs, réalisateurs et producteurs par l’entremise de l’Institut national de l’image et du son (INIS) à Montréal.
«Il fallait s’inscrire mais il fallait aussi une référence de la part d’un producteur. J’ai approché Robert Charbonneau et j’en possédais de la part des Productions Rivard, à Winnipeg, avec qui j’ai collaboré. Robert a signé cette lettre de référence. J’ai suivi le cours pour auteurs pendant six semaines avec Janette Bertrand. Ma réalisatrice était Paule LaRoche, connue dans l’Outaouais. L’année suivante, je voulais retourner… cette fois, comme réalisateur!» Une fois de plus, Robert Charbonneau lui a remis une lettre de référence.
«Après ces deux cours, je voulais réaliser», de résumer M. Forgues. C’est à ce moment qu’il a fait une demande auprès du Conseil des arts de l’Ontario pour tourner Le Pari, qu’il a dévoilé à son public de Moose Creek, l’automne dernier. Puis, l’initiative de formation du PICLO, dont il avait bénéficié, s’est muée en concours de réalisation par lequel des auteurs hors-Québec soumettent un texte à des réalisateurs hors-Québec. De cinq textes soumis en 2005, deux ont été retenus pour tournage en 2006, l’un étant Louez un mari de l’Acadienne Gracia Couturier de Moncton, l’autre étant Embargo. «J’ai soumis mon court-métrage en tant qu’auteur-réalisateur. Cela veut dire que c’est moi qui fait le casting. J’ai proposé des choses à M. Charbonneau, mais comme c’est lui le producteur, il devient aussi le gestionnaire (de mon projet). Il cherche l’argent, distribue les chèques, s’occupe de la logistique et de l’horaire».
Embargo en sera à l’étape de la sélection des acteurs en avril pour un tournage en août. «Nous voulons donner la chance à nos artistes franco-ontariens. On nous a remis des photos et des curriculum vitae. En avril, il y aura ce qu’on appelle un call-back des acteurs et la distribution des autres rôles. Il y aura une dizaine de rôles importants. Quant au lieu de tournage, ce sera dans la région. J’ai trouvé tout ce que j’aimais ici et j’ai fait des suggestions à l’équipe», avance M. Forgues.
Comme si cela n’était pas suffisant, Jocelyn Forgues, qui a roulé sa bosse dans l’Ouest canadien avant de revenir dans son patelin et d’enseigner, a reçu une commande de six scénarios de la part de ses vieux amis, les Productions Rivard, de Winnipeg. Il doit accoucher de six épisodes de la série XY de TFO, qu’il devra ensuite aller réaliser dans la capitale manitobaine.
«Après l’écriture à la maison, l’école pour mes enfants, l’horaire familial sera très différent lorsque je devrai me déplacer à Winnipeg, reconnaît l’artiste. Les trois ou quatre dernières années ont été une découverte constante. Je vais devoir me surpasser et me découvrir davantage. Mais tout tombe en place et je travaille avec de très belles équipes qui comprennent mes projets».
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