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Le 29 mars 2006

La Nouvelle

Affichage bilingue à Casselman :
Victoire partielle des signataires de la pétition

Par : Jacques Des Becquets
Editeur : La Nouvelle

Les tenants de l’affichage bilingue à Casselman ont été nombreux à se déplacer à la salle du conseil municipal, le 21 mars, afin d’assister à la présentation des instigateurs du mouvement, Jonathan Fontaine et Manon Piché. Le règlement de 2001 sur l’affichage sera bel et bien modifié et officiellement adopté à la prochaine réunion. Cependant, les deux autres points sur lesquels insistaient les signataires restent nébuleux.

C’est une liasse de feuilles totalisant 3 020 signatures (dont 1 985 provenant de Casselman) récoltées en tout juste un mois que Mme Piché a remise à l’administration. M. Fontaine a résumé les raisons ayant motivé la lettre ouverte qui a fait démarrer le bal ainsi que les démarches qui ont suivi. Il a noté que 87 % de la population du village (2 870 âmes) était francophone et que malgré cela, des commerces ont ouvert leurs portes pour ensuite n’afficher qu’en anglais. «La lettre du 8 février dernier a permis une chose: de dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Mais le mal était déjà fait. Si ce n’était que des affiches: le service [aussi] est unilingue. Vos tentatives de sensibilisation n’ont pas été aussi fructueuses. Les [propriétaires] tiennent pour acquis que tous les francophones lisent l’anglais», a lancé M. Fontaine.

Le porte-parole a insisté sur la volonté collective des consommateurs que les commerces fonctionnent et que les clients satisfaits y reviennent toujours. La municipalité de Clarence-Rockland, de la bouche de son maire, Richard Lalonde, n’aurait eu «aucun problème» depuis l’adoption de son arrêté municipal sur l’affichage bilingue, le 10 janvier 2005. Manon Piché a pour sa part ajouté que le maire de la municipalité voisine de La Nation, Denis Pommainville, le président de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), Jacques Hétu (maire de Hawkesbury) ainsi que le président sortant de la défunte Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), Jean Poirier, ont tous appuyé l’initiative. Mme Piché a dit souhaiter qu’une «brochure attrayante» soit réalisée afin d’informer les propriétaires de commerces du caractère bilingue de Casselman. «C’est le temps d’agir», a-t-elle ajouté.

M. Fontaine a aussi manifesté sa déception devant l’hésitation du maire Lamadeleine sur l’affichage bilingue, sur la promotion que fait Casselman des services bilingues ainsi que ses «affirmations gratuites» des dernières semaines. «Vous n’avez pas véhiculé l’information. Vous vous mettez à dos la région et le village», a martelé le Québécois d’origine qui s’est installé dans la contrée de sa conjointe, l’année dernière. Bref, les nombreux signataires de la pétition réclament l’affichage bilingue (des caractères de même hauteur sur les panneaux pour les deux langues) dans le village, avec la nuance que les raisons sociales puissent garder leur appellation d’origine; la production d’une fiche faisant la promotion du caractère bilingue de Casselman et parallèlement, l’embauche «des gens bilingues aux postes en lien direct avec les clients», stipule la pétition; enfin, un engagement de la part de l’autre partenaire de taille, la Chambre de commerce de Casselman, à «protéger et promouvoir la dualité linguistique».


Bilingue depuis 1983
Après avoir écouté les propos de la délégation, le maire Conrad Lamadeleine a rappelé la teneur du règlement sur l’affichage. « Nous [à la municipalité] n’avons pas à répéter ce qui s’est fait depuis 1983. Nous sommes bilingues depuis cette date. Nous avons cependant cherché les pour et les contre. On avait un arrêté sur l’affichage. Nous procéderons à un ajout, sur l’affichage bilingue dans les commerces». Les élus, a ajouté un peu plus loin M. Lamadeleine, devront «vivre avec le geste qu’on pose». Ce qu’a corroboré le conseiller Philippe Robert, notant que ses collègues et lui avaient demandé à leur administration de «nous revenir avec le règlement».

«Quant au service, s’est défendu M. Lamadeleine, j’avais vu les commerces pour le demander [les deux langues] avant même la pétition. Mais il faut que vous sachiez qu’aucune municipalité en Ontario ne peut imposer le personnel bilingue (dans un établissement) et avec expérience». S’adressant à quelques personnes anglophones qui étaient présentes, l’élu a ajouté: «Des gens qui ont été approchés pour signer la pétition pensaient que le libellé n’était pas juste… Nous n’avons pas eu de problème sur l’affichage pendant 20 ans. Quelques affiches seront changées». Selon l’intention de la modification à venir, les commerces aux raisons sociales (les bannières commerciales bien établies comme Canadian Tire, par exemple) et les commerces actuels n’auront pas à changer leur affichage pour l’adopter dans les deux langues. Cependant, les nouveaux commerces qui s’établiront dans le village devront exhiber dans les deux langues.

Promotion et engagement?
Plusieurs questions demeurent, cependant. De l’une, Jonathan Fontaine a demandé à M. Lamadeleine pourquoi «vous ne vouliez pas forcer la note là-dessus jusqu’à vendredi dernier» alors que quatre jours plus tard, le maire brandissait le document préparé en octobre 2000 et adopté en 2001 sur l’affichage.

De l’autre, la méthode de promotion du caractère bilingue de Casselman demeure très floue. Il appert qu’aucun document à cet effet n’est remis aux nouveaux commerçants du village. Ce sont ces approches qui ont été faites de vive voix jusqu’à maintenant que déplorent Jonathan Fontaine et Manon Piché parce que selon eux, cette méthode ne fonctionne pas.

Quant au troisième élément de la pétition, un engagement solennel de la Chambre de commerce de l’endroit à protéger et à faire la promotion de la dualité linguistique, le conseiller Robert a mis le doigt dessus: en fin de discussion, il a demandé à la cantonade si quelqu’un la représentait, ce soir-là. Aucune main, aucune voix ne s’est fait entendre.



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