<< Retour | Archives
Publié le mardi 4 février 2014 | Mis à jour le mardi 4 février 2014

Fermeture des bureaux d'ACC : les vétérans se sentent trahis

Jacinthe Laforest

Le 28 janvier dernier, des vétérans venus des quatre coins du pays ont demandé une dernière fois au gouvernement de ne pas fermer les bureaux d’Anciens Combattants dans leur localité.

«C’est impensable qu’on doive supplier le gouvernement de nous laisser des services auxquels nous avons droit», déplore Roy Lamore, un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et résidant de Thunder Bay en Ontario.  «C’est une décision irresponsable qui fera du tort aux hommes et aux femmes qui ont servi le Canada», ajoute-t-il.

Le soir même, M. Lamore, et son groupe  devaient rencontrer le ministre des Anciens Combattants, Julian Fantino pour lui demander d’annuler la fermeture des bureaux de Kelowna, Saskatoon, Brandon, Thunder Bay, Windsor, Sydney, Charlottetown et Corner Brook et de rouvrir le bureau de Prince George, fermé depuis un an. 

Le ministre est arrivé une heure en retard à cette rencontre pourtant prévue et le lendemain, le 29 janvier, il s’est excusé publiquement pour la manière dont la situation avait été traitée.  

Selon Bruce Moncur, tous les vétérans - jeunes et moins jeunes - ont besoin des services offerts dans les bureaux régionaux.  Lui-même y a recours puisqu’en 2006, il a été mitraillé accidentellement par un chasseur américain de type A-10 Warthog durant l’opération Médusa en Afghanistan.  Il n’avait que 22 ans lorsqu’il a subi une lésion cérébrale presque fatale.  Depuis, il souffre de fatigue, de perte de mémoire à court terme et de stress post-traumatique.

Michelle Bradley, qui travaille au ministère des Anciens Combattants depuis 2001, faisait partie de la délégation.  «C’est une trahison, ce que fait le gouvernement… Et tous les vétérans en souffriront.  Les temps d’attente seront plus longs, il y aura moins de services individualisés et les employés des bureaux qui restent ouverts seront surchargés.  C’est déjà comme ça à St. John, où je travaille», affirme-t-elle. 

«Le gouvernement conservateur continue de trahir les anciens combattants canadiens les plus vulnérables.  Le simple fait qu’ils aillent de l’avant avec ces fermetures prouve que les conservateurs manquent de compassion envers nos anciens combattants», a indiqué Peter Stoffer (Sackville – Eastern Shore), ce que déplore le porte-parole du NPD en matière d’anciens combattants. 

Dans son édition du 22 janvier, La Voix acadienne avait publié un texte concernant l’inquiétude de la ville de Charlottetown et des citoyens, face à la fermeture prochaine du bureau régional de Charlottetown.

Le 24 janvier, le sous-ministre adjoint à la Prestation des services pour Anciens Combattants Canada, Michel Doiron, a fait parvenir à La Voix acadienne une lettre dans laquelle il affirmait «qu’Anciens Combattants Canada demeure résolu à s’assurer que tous les vétérans du Canada et leur famille obtiennent le soutien dont ils ont besoin, lorsqu’ils en ont besoin et là où ils en ont besoin».

«C’est pour cela que nous adaptons notre présence nationale afin d’améliorer la prestation des services en affectant les ressources de manière à répondre aux besoins des vétérans», a affirmé dans cette lettre M. Doiron.

Ce dernier soutient qu’à l’Île-du-Prince-Édouard, les changements permettront aux vétérans et à leurs familles d’avoir accès à des employés professionnels de première ligne plus près de chez eux.

«Par exemple, les vétérans qui habitent à Charlottetown auront maintenant deux options pour rencontrer nos employés en personne : ils pourront visiter notre nouveau centre d’accès qui se trouve à nos bureaux situés sur la rue Grafton, ou encore ils pourront se rendre au point de service de Service Canada qui est situé sur l’avenue University, où ils seront en mesure de discuter avec l’agent des services aux clients qui est affecté sur place à temps plein», a précisé le sous-ministre Doiron.

Il affirme que les vétérans qui vivent ailleurs sur l’île peuvent maintenant se rendre à n’importe lequel des quatre autres points de service de Service Canada sur l’Î. P. É. (à Montague, Summerside, O’Leary et Souris), que ce soit pour obtenir ou y déposer des formulaires, ou pour faire une demande de prestations d’invalidité ou afin de bénéficier des divers services offerts dans le cadre du Programme pour l’autonomie des anciens combattants.

Peu importe où ils habitent sur l’île, les vétérans peuvent continuer au besoin à recevoir la visite d’infirmières autorisées et de leurs gestionnaires de cas d’ACC, a affirmé le sous-ministre. 

Mais pour l’opposition officielle à Ottawa, qui dit avoir demandé à plusieurs reprises aux conservateurs de ne pas fermer les bureaux, la situation est honteuse.

«Les conservateurs devraient avoir honte.  Ces personnes ont risqué leur vie pour servir leur pays.  C’est carrément honteux qu’ils aient à supplier leur gouvernement pour avoir accès à des services de base lorsqu’ils reviennent au pays», a ajouté M. Stoffer.

Les bureaux ont fermé leurs portes le vendredi 31 janvier. 

En dernier recours, les anciens combattants Canadiens et leurs partisans ont manifesté le 31 janvier et ont invité les gens en général à porter un ruban ou un brassard noir.  À Charlottetown, les vétérans se sont rassemblés à midi devant le bureau d’Anciens Combattant.