Le 13 février 2006
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| Ernest Richard et Yvon Gallant de Cap-Egmont. |
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Les pêcheurs en ont gros sur le coeur
Par : Jacinthe Laforest
Editeur : La Voix acadienne
Le Groupe de travail sur le détroit de Northumberland conclut ses consultations publiques à Wellington
«L’écosystème au complet souffre», lance Yvon Gallant. Il a pêché à Cap-Egmont pendant 20 ans et l’an dernier, il a vendu son permis de pêche au homard. Toujours intéressé à ce qui se passe dans la pêche, il assistait le mardi 7 février à la dernière consultation publique du Groupe de travail sur l’écosystème du détroit de Northumberland.
À voir la façon dont les pêcheurs se sont défoulés, on pouvait voir qu’ils attendaient cette occasion depuis longtemps de parler. Parler de l’eau qui est pleine de sédiments, de la mousse d’Irlande qui a presque complètement disparu, alors qu’elle constituait une source de revenu appréciable pour les pêcheurs.
Parler aussi du pont de la Confédération qui serait la source de bien des maux dans le détroit. Les pêcheurs ont le sentiment qu’ils n’ont jamais été écoutés, que les gouvernements n’ont pas fait tout ce qu’ils avaient promis pour protéger leur gagne-pain et la ressource.
Ils n’ont pas hésité à dénoncer le manque de transparence et d’honnêteté des gouvernements, le manque d’études indépendantes sur les effets du pont, sur les eaux usées que rejettent les usines et les villes. «On veut des études indépendantes, faites par des compagnies privées. Moi, si c’est le gouvernement qui fait ses propres études, j’ai pas confiance à ça», dit Yvon Gallant.
Comme partout ailleurs, les pêcheurs de la région Évangéline se préoccupent du homard et ils craignent que ce qu’ils observent ne soit le signe d’une terrible diminution des stock.
«Des années passées, on voyait des petits homards de deux ou trois pouces de long. Maintenant, on n’en voit plus du tout. Et puis, avant cela, on pêchait plus de “canners” que de «market”. Maintenant, on pêche autant de “market” qu’avant, mais on pêche moins de “canners”. Cela nous dit qu’il y a moins de homards jeunes dans la mer», indiquent Robert Gallant et Ernest Richard, qui pêchent tous les deux à Cap-Egmont.
Robert Gallant pour sa part, se rappelle que dans le passé, les pêcheurs n’avaient pas besoin d’aller bien loin en mer, autour du cap, pour mettre leurs trappes. «Maintenant, il n’y a plus de homard qui se pêche au cap», dit-il.
Paul Gallant a son port d’attache à Abram-Village. Comme les autres, il s’inquiète de tous les changements qu’il observe dans le détroit. Les marées plus hautes, et plus fréquentes, les vents, l’absence de glace. Et il s’inquiète aussi du tort que lui-même cause peut-être à l’environnement, avec son bateau.
«Sur mon bateau, j’ai un gros moteur au diesel, qui est refroidi par l’eau de la mer. Quand je donne un coup de gaz, je laisse dans l’eau un grand rond d’huile sur l’eau. Et tous les bateaux sont faits comme cela. On tue peut-être beaucoup de larves de homards comme cela.»
Les homards commencent leur vie sous la forme d’un œuf. Les femelles portent les œufs sous leur queue (femelles oeuvées). Vers les mois de juillet et août (cela varie avec la température de l’eau et d’autres facteurs) les œufs se détachent de la femelle et se transforment en larves. Ces larves, minuscules, se maintiennent à la surface, dans environ un mètre de profondeur pendant trois, quatre, cinq, six semaines, soit jusqu’à ce que le homard ait atteint ce que les biologistes appellent «stade 4». À cette grosseur, les homards mesurent environ 1 pouce de long, et ils sont complètement formés. Ils descendent alors au fond de l’eau pour continuer leur croissance. Cela prend environ huit ans avant qu’un homard atteigne la grosseur commerciale.
Sachant cela, Paul Gallant craint que beaucoup de larves ne meurent empoisonnées par les liquides d’échappement des bateaux. Il insiste sur le fait que c’est potentiellement pire dans le détroit, et dans la zone 25, car la saison de pêche commence en août, alors que les larves sont encore à la surface. Sur la côte nord de l’Île, la pêche est finie à cette période et les larves sont peut-être moins menacées, du moins par les bateaux.
Le Groupe de travail sur l’écosystème du détroit de Northumberland compte une trentaine de personnes de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, de même que des communautés autochtones des trois provinces bordant le détroit. Des consultations ont eu lieu ou auront lieu dans les trois provinces et auprès des autochtones.
Des rapports de chaque session seront diffusés sur le Web et l’information sera mise à jour régulièrement au cours du processus qui pourrait prendre un an. Une recherche sur Google permet d’arriver rapidement au site d’accueil, préparé dans les deux langues officielles.
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