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Le 11 juillet 2005

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Des radios communautaires fragiles

Par : Geneviève Génier Carrier
Editeur : Le Gaboteur

Labrador City- La Radio communautaire du Labrador (CJRM 97,3 FM) a tenu son radiothon annuel le 19 juin. Tout en étant une activité rassembleuse et vivifiante, elle rappelle la fragilité financière des radios communautaires francophones en milieu minoritaire au Canada.

Le radiothon de CJRM
CRJM a été fondée en 1992 afin de répondre aux besoins d’information et d’expression de la communauté francophone de Labrador Ouest. Depuis sa création, la station compte essentiellement sur le bénévolat de ses membres et fonctionne grâce à ses revenus publicitaires et à ses activités d’autofinancement comme le souper spaghetti de la semaine de la francophonie et le radiothon.
Cette année encore, CJRM a pu compter sur une équipe de bénévoles dévoués pour cette occasion. En cette fête des pères, ils ont été près d’une trentaine de tous âges à se relayer pour répondre au téléphone et recevoir les mises, animer ou servir les hot-dogs. Malgré une certaine fatigue palpable en fin de journée, l’activité a été une belle occasion de se réunir.
La valeur des items mis aux enchères dans les six lots totalisait 6 754,18 $. La grande variété d’articles proposés a permis à plusieurs d’en dégotter à leur goût. De la paire de verres fumés aux truites farcies en passant par les chapeaux de cheminées, tous ont trouvé preneurs. CRJM a amassé 4 964,00 $ en comptant la vente de nourriture, ainsi que les dons en argent.
Sensiblement équivalent au montant obtenu l’année dernière, ce résultat a quelque peu déçu les organisateurs. Le radiothon est actuellement la principale source de financement de la station et beaucoup d’énergie y avait été investi. La participation aux enchères est demeurée faible malgré la publication des lots détaillés dans le 53 north de la semaine précédente.

Manque de financement
Au Québec, les radios communautaires bénéficient du Programme de soutien aux médias communautaires (PAMEC) du gouvernement provincial, destiné à appuyer une part de leurs frais d’opérations et de certains projets ponctuels. L’aide est calculée selon le nombre d’heures par semaine de programmation originale et les revenus admissibles. Selon l’Association des radiodiffuseurs communautaires du Québec (ARCQ), le gouvernement assume 21 % des frais de fonctionnement de ces stations.
Dans le reste du Canada, les radios communautaires peuvent bénéficier des programmes d’employabilité et des fonds destinés aux projets spéciaux comme tout organisme à but non lucratif. Patrimoine canadien appuie aussi diverses étapes du processus de création d’une radio comme l’étude de marché ou l’évaluation technique. Il peut défrayer jusqu’à 50 % des coûts d’immobilisation liés à l’exploitation d’une station.
Il n’existe pas néanmoins de fonds ou de programme visant à défrayer une part des frais de fonctionnement réguliers des radios communautaires francophones en situation minoritaire. Elles sont considérées comme autonomes dès leur mise en ondes. Cette situation perdure malgré les grands objectifs de promotion et d’épanouissement des minorités linguistiques établis par le gouvernement fédéral.
« Il apparaît évident que les stations dans les petits milieux minoritaires et éloignés, comme c’est le cas à Labrador City, ont impérativement besoin d’un soutien aux opérations », affirme Serge Paquin, secrétaire général de l’Alliance des radios communautaires (ARC) du Canada. Le peu d’attrait qu’offre leur marché pour les annonceurs les place dans une situation délicate.

Un réseau disparate
La première radio communautaire francophone hors-Québec a vu le jour en 1988 au Nouveau-Brunswick. Il existe maintenant 19 stations en opération à travers le Canada, 3 stations en cours d’implantation, ainsi qu’une dizaine de projets en construction. Depuis 1991, elles sont regroupées au sein de l’ARC du Canada qui a comme mandat d’œuvrer au développement et à l’articulation du réseau, ainsi qu’à sa promotion auprès des instances publiques.
Le réseau des radios communautaires est loin d’être homogène. La situation des stations diffère grandement selon le milieu où elles sont implantées. Certaines desservent une vaste population tel Radio péninsule (CKRO-MF) au Nouveau-Brunswick avec 59 000 auditeurs potentiels, 1 200 membres et plus de 50 bénévoles. Celles-ci sont de véritables PME qui offrent un marché lucratif aux publicitaires et emplois plusieurs personnes.
La situation est très différente dans le cas des petites communautés comme Labrador City qui compte environs 500 auditeurs potentiels. En plus de jouer sur ses revenus de publicité, cela affecte sa capacité de renouvellement des bénévoles qui est une garantie du dynamisme d’une radio. Les médias communautaires sont pourtant essentiels à l’épanouissement des petites communautés, puisqu’ils offrent de l’information locale et régionale en français, tout en favorisant l’expression de leurs membres et l’échange.

Les réticences du CRTC
Dans les centres urbains, le manque de fréquences disponibles est un autre frein à la création de nouvelles stations communautaires. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a récemment rejeté la demande de licence de la radio francophone d’Ottawa qui désirait répondre aux besoins spécifiques de la communauté franco-ontarienne. La capitale nationale ne possède d’ailleurs aucune station communautaire sur son territoire.
L’ARC du Canada avait déjà réagi fortement en 2000 lorsque le CRTC avait alloué trois des dernières meilleures fréquences d’Ottawa à une radio de danse anglophone, une radio ethnique et une radio autochtone. Elle avait alors dénoncé le peu de prévoyance de l’organisme face aux besoins futurs des francophones de la région.
Quoiqu’il soit soumis depuis plus de deux ans à l’article 41 de la Loi sur les langues officielles qui l’oblige à favoriser l’épanouissement des minorités linguistiques, les radios communautaires trouvent que le CRTC est peu sensible aux réalités des communautés francophones et tend à privilégier les grands diffuseurs privés. Le système canadien de radiodiffusion reconnaît pourtant l’importance de la radio communautaire comme élément de diversité cohabitant avec la radio privée et publique.

L’ARC ébranlée
L’ARC du Canada a elle-même vécu les répercussions du désintéressement des gouvernements face aux problématiques des radios communautaires francophones. En 2000, elle a mis sur pied le Réseau francophone d’Amérique (RFA) qui offrait plusieurs services aux radios membres, tel des bulletins de nouvelles et des heures de programmation réalisées à la tête de réseau.
Transmis par satellite, le RFA a dû rationaliser ses activités en octobre 2004 et transférer sa diffusion sur Internet faute de financement. En sursis jusqu’en mars 2006, il offre toujours certains services dont une quinzaine de bulletins de nouvelles par jour et 25 heures d’émissions provenant des radios membres.

Le défi des radios
L’avenir de plusieurs petites radios communautaires est incertain. Le manque de perpétuel récurant et le peu d’ouverture du CRTC face aux besoins des communautés francophones en situation minoritaire fragilisent l’ensemble du réseau en creusant les inégalités entre les stations.
Actuellement, l’ARC du Canada fait pression sur le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux afin de cibler des sources potentielles de financement pour appuyer une portion des coûts d’opération des stations. La recherche de publicité au plan national demeure aussi une priorité, ainsi que la sensibilisation du CRTC aux réalités particulières des communautés minoritaires.
Pour Serge Paquin, il est essentiel de faire « reconnaître la radio communautaire comme plus qu’un outil de divertissement, mais bel et bien comme un outil ancré au sein de la communauté, une radio de proximité qui offre des services (…) un outil de développement social, culturel et économique ». Pour ce faire, il y aura besoin d’une forte solidarité communautaire, mais aussi d’une volonté politique réelle de la part des gouvernements.



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