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Le 24 octobre 2005
Volume 22
Numéro 02
Le Gaboteur
Exode rural
« Prendre la mauvaise décision pour les bonnes raisons »
Par : Marc Despatie avec la collaboration d’Andrée Bélanger
Editeur : Le Gaboteur
La Grand'Terre-
Il n’y a aucun doute, le Canada est un pays urbain. Malgré les images qu’on a d’un Canada composé d’immenses prairies et de vastes forêts, il n’en demeure pas moins qu’environ 70 % de la population du pays habite dans des agglomérations d’au moins 10 000 habitants ou, selon une autre mesure, dans des communautés où il y a plus de 150 personnes par kilomètre carré.
Mais ce chiffre, comme toute moyenne, ne raconte pas l’histoire au complet. En Saskatchewan, dans les trois territoires et dans chacune des provinces atlantiques, plus de 50 % pourcent de la population vit dans des régions à caractère principalement rural, c’est-à-dire dans des régions où plus de 50 % des habitants vivent dans des communautés rurales.
Ici à Terre-Neuve, le recensement de 2001 comptait 270 055 personnes dans les régions à caractère principalement rural sur une population totale de 512 930, soit 52,6 % de la population totale de la province. Cela veut dire que presque toute la population de la province, exception faite des résidents du nord-est de la péninsule de l’Avalon et de Corner Brook, vivent dans des régions à caractère principalement rural.
Or, malgré ces statistiques, les communautés rurales de Terre-Neuve-et-Labrador, tout comme celles des provinces atlantiques, sont des espèces en voie de disparition. Entre les recensements de 1996 et 2001, le pourcentage de personnes résidant dans des communautés à caractère principalement rural au Canada atlantique a chuté de presque 5 %.
On n’a pas a aller chercher loin dans notre province pour trouver quelqu’un dont un parent ou un ami a dû se rendre à Saint-Jean pour étudier ou trouver de l’emploi, et Saint-Jean n’est souvent qu’une escale vers un plus grand centre ailleurs au Canada, plus souvent qu’autrement en Alberta ou en Ontario.
Sur la péninsule de Port-au-Port, l’exode rural est un phénomène bien connu, un phénomène qui fait partie de la vie de tout le monde. Comme l’explique Robert Cormier, qui a vécu presque toute sa vie à Cap-Saint-Georges et dont un fils habite en Ontario, le phénomène a deux dimensions.
« D’une part il y a les deux gros marchés de l’Ontario et de l’Alberta, où il y a beaucoup d’emplois et de bons salaires. Il y a des gens qui se rendent là-bas de façon plus ou moins permanente. Ensuite il y a la Nouvelle-Écosse et l’île-du-Prince-Édouard, où les gens vont travailler sur les fermes ou dans les usines de transformation du poisson. Ça, c’est du travail saisonnier. Les gens habitent ici en permanence mais vont là pendant un certain moment de l’année pour travailler. »
Les forêts du Cap Breton et les usines de transformation du poisson au Cap-Pelé au Nouveau-Brunswick attirent aussi des travailleurs prêts à faire une migration annuelle. Le problème n’est pas difficile à cerner : il n’y a pas assez de travail dans la région pour tout le monde.
« On n’a pas de choix que de prendre une mauvaise décision pour la bonne raison », de dire Joseph Benoît, directeur de l’École Sainte-Anne à La Grand’Terre et dont les deux filles vivent en Alberta. « Si je n’avais pas l’éducation que j’ai, le poste que j’occupe, je serais probablement obligé d’aller ailleurs aussi. »
Justement, ce sont souvent ceux qui n’ont pas l’avantage d’une éducation qui doivent se livrer à une migration annuelle vers d’autres destinations dans le Golfe du Saint-Laurent afin de vivre. Selon M. Benoît, ce sont « des patriotes, ceux qui ressentent cet attachement envers leur province natale, leur chez-eux… leur âme. »
Ces personnes quittent la péninsule au printemps pour revenir à l’automne passer l’hiver dans leurs maisons, dans leurs chalets, dans les bois de la péninsule. Ils rentrent du bois (car la majorité des maisons sont chauffées au bois), font de la chasse, font du travail autour de la maison et se baignent dans la paix, la tranquillité et la beauté sauvage de ce « Pays du Bon Dieu ».
Ceux qui ont poursuivi une éducation sont déjà en quelque sorte habitués aux absences plus longues, car ils sont allés vers Corner Brook, Saint-Jean, Moncton ou ailleurs. Beaucoup d’entre eux sont des cols bleus spécialisés ou encore des professionnels. La plupart ressentent un déchirement profond quand leurs visites, toujours trop courtes, doivent se terminer.
Edition : 2005-10-24
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