Le 12 octobre 2005
Volume 13
Numéro 38
Le Métropolitain
La francophonie, quel défi!
Par : Prune Vellot
Editeur : Le Métropolitain
Winnipeg-
(APF) La conférence d’Yvon Mahé, Pleinement francophones : tout un avenir! a fait l’ouverture de toute une série d’ateliers, proposés par l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF) à l’occasion de son 58e congrès tenu à Winnipeg (Manitoba) du 29 septembre au 1er octobre dernier.
Yvon Mahé est connu pour son parcours touche-à-tout au sein du système éducatif francophone, son investissement passionné pour promouvoir les droits, les besoins, la culture des francophones. Toutefois, il affirme être venu au congrès de l’ACELF en tant qu’homme issu du milieu religieux.
«La paroisse est peut-être le lieu qui, aujourd’hui, réunit le plus de francophones pour un moment fort de la vie, déclare-t-il. Elle se trouve certes en périphérie de la francophonie, mais c’est là qu’on en mesure les différents degrés.»
Pour lui, le congrès de l’ACELF est avant tout l’occasion de partager des constats, des intuitions, de mettre en avant des éléments qui permettent à la francophonie de regarder vers l’avenir. En ce sens, le titre de la conférence résume parfaitement son intention : Pleinement francophones : tout un avenir!
Les défis à relever pour bâtir une vitalité francophone, à l’égal du «mainstream anglophone», sont nombreux. Cependant, il perçoit dans le courant de la francophonie une réelle progression. «Le retour des Acadiens, la menace séparatiste, les progrès de la gestion scolaire, tout cela prouve que la vie en français a pris des espaces et des ailes.»
Pendant la conférence, il propose aux congressistes de concentrer leurs efforts sur cinq points. D’abord, il exige des programmes et des ressources d’études pleinement francophones. Traductions et adaptations de l’anglais ne peuvent être que synonymes «d’assimilation sournoise».
Il relève ensuite fermement : «On veut Radio-Canada, pas Radio-Montréal!» Il n’a pas le temps de terminer sa phrase, que la grande salle de l’hôtel Delta Winnipeg l’ovationne. C’est une phrase claire, précise, qui trouve un écho dans le cœur de chaque auditeur.
Il revient alors sur deux points, affectant plus directement les familles. Il souhaite premièrement un accompagnement des parents dans leur quotidien, notamment grâce aux conseils scolaires. Deuxièmement, il met le doigt sur la nécessité d’une intégration de la petite enfance.
Finalement, son regard se tourne vers l’extérieur. Il encourage vivement les communautés francophones à faire une place réelle dans leur vie aux nouveaux immigrants. Une manière comme une autre de promouvoir leur culture.
Ces cinq objectifs apparemment distincts n’ont qu’un seul et même but, celui de favoriser la construction identitaire francophone, afin que les jeunes d’aujourd’hui aient le «sentiment légitime d’exister». Yvon Mahé remarque que des progrès ont déjà été faits dans ce sens, en particulier grâce à l’action de la gestion scolaire.
«Aujourd’hui, affirme-t-il, on n’a plus besoin de justifier son identité francophone. Il y a dans les écoles une vitalité renouvelée et renouvelante, qui a son influence même parmi les familles francophones qui ne participent pas au système, même parmi les anglophones.»
Toutefois, demeure encore dans la vie de tous les jours un certain sentiment de solitude, lié à «l’imposition éléphantesque de l’anglais en Amérique du Nord et partout dans le monde». Une imposition qui complexifie la construction identitaire, comme le remarque aussi Roch Carrier, invité pour l’ouverture du congrès.
Cet auteur québécois explique : «La question de l’identité culturelle a une signification réelle au Canada. D’abord, la culture américaine a un poids évident dans la vie de la minorité francophone. Ensuite, cette minorité évolue dans un milieu anglophone. Et finalement, viennent s’ajouter à la francophonie des éléments propres aux origines régionales, provinciales, étrangères ou religieuses. C’est vraiment une identité très complexe.»
C’est en toute simplicité cependant, de manière presque anecdotique, qu’il a transmis ses pensées au public. «Je leur ai raconté des petites histoires qu’ils pourront repasser à leurs étudiants avec toutes les variations possibles, selon les circonstances. Les élèves sont les premiers soumis à toutes ces influences et d’une certaine manière, cela donne une richesse de sens à leur culture.»
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