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Le 22 février 2006
Volume 14 Numéro 7

La Société des Métis, un spectacle fort captivant

Par : Sonia Minasian
Editeur : Le Métropolitain

Toronto- Créée à l’image de Les Tableaux d’une exposition et sur musique de Modeste Moussorgski, l’oeuvre de Normand Chaurette débute congrûment quand trois portraits prennent vie dans un musée. Condamnés à une existence rongée par l’ennui et la rigidité, les personnages se lamentent de leur sort en évoquant la belle vie de jadis à Métis-sur-Mer.
Les toiles/personnages, « [tombés] injustement dans l’oubli », suivent Zoé Pé – « P comme dans perdition » dans leur quête du bonheur. Cette dernière a un plan d’action qui consiste à regagner sa figure dépossédée et, par conséquent, l’éternité. Elle tente de s’approprier du portrait réalisé à son image par un peintre mystérieux. Titubant entre l’imagination et la réalité, entre le bonheur et le vide, Mme Pé et ses compagnons, Pamela Dicksen et Octave Gredind, tâcheront de racheter lesdites peintures à tout prix.
Les comédiens incarnent tous les personnages fantaisistes de Chaurette avec grâce et raffinement. Lina Blais, notamment, interprète le rôle de Pamela Dicksen – jeune femme instable au penchant indéniable pour le champagne – avec beaucoup d’humour et de verve. Érika Gagnon (Zoé Pé) livre également une performance magnifique, donnant souffle à l’esprit torturé et capricieux de la riche mondaine.
Hugo Lamarre (Octave Gredind) donne vie à l’aveugle – dont la cécité prend une signification particulière – avec l’empreinte d’une tranquille assurance. Finalement, Guy Mignault (Casimir Flore) apporte sérénité et équilibre à la scène, qualités contrebalançant la fragilité et la névrose de Pé, Dicksen et Gredind.
Les effets visuels et sonores du spectacle contribuent à son originalité et à son charme. La scénographie (Jean Hazel), autant fonctionnelle qu’esthétique, les éclairages, convenablement fantasmagoriques (Glen Charles Landry) ainsi que l’environnement sonore nostalgique (Jules Bonin-Ducharme) créent un univers de rêverie pris entre la réalité et le monde imaginaire des œuvres d’art.
Bien qu’il soit fortement symbolique, le texte ne manque pas pour autant de légèreté. D’ailleurs, dans une pièce si intense au niveau psychologique, un soupçon de comédie ici et là est bien apprécié! Face à la misère de leur condition, ou encore, la banalité de leurs situations quotidiennes, le ridicule de l’état d’âme des personnages suscite à plusieurs reprises un humour sec de leur part.
Explorant de manière subtile le bonheur et l’illusion, la vie et l’éternité, La Société des Métis a été un spectacle aussi captivant que contemplatif.



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