Le 18 février 2005
L'Aurore boréale
Splendeurs et misères sur la patinoire
Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale
Ç
a ne jouera pas fort dans les coins cette année! Un conflit vieux de cinq mois vient de se régler de façon musclée : le commissaire de la Ligue nationale de hockey, Gary Bettman, a annoncé, à New York, qu’il n’y aura pas de hockey cette année...
Mais ce conflit était perdant dans l’opinion publique depuis le tout début. L’ampleur des sommes mises en jeu a médusé une bonne partie du public et des partisans. Beaucoup y ont vu un affront. Principalement ceux et celles qui travaillent au salaire minimum : les monoparentales, les aînés qui attendent leur maigre chèque de pension mensuelle et dont le seul divertissement était cette partie de hockey, pleine d’imprévus, de temps supplémentaires, de mises au jeu spectaculaires, de sourires édentés, de fronts ruisselants et d’ambulanciers cueillant un blessé étendu de tout son long, sur la glace! Et cette coupe Stanley étincelante que les joueurs épuisés se disputaient au terme du tournoi du même nom, l’embrassant, l’étreignant, la larme à l’œil comme si leur vie en avait dépendu! Une véritable procession nuptiale sur la patinoire, la mariée, née Stanley, se faisant lourde dans les bras des joueurs! Ah! Il n’y avait rien de tel que les éliminatoires de la coupe Stanley pour mettre de la vie dans un salon ou dans un sous-sol.
Le hockey a-t-il encore cette place bien particulière dans le coeur des Canadiens et des Canadiennes? Ce sport a modelé leur jeunesse. Particulièrement au Québec, dans les ruelles, sur les étangs gelés ou sur les patinoires dans les parcs, des parties enthousiastes ont mis la joie au cœur des petits gars qui patinaient sur la bottine en rêvant de devenir des vedettes.
Mais quand les tribulations et problèmes de leurs joueurs favoris ont quitté l’aréna pour s’installer sur la place publique, ces petits gars, devenus des adultes se sont sentis trahis.
Quand est-ce que le hockey est devenu un monstre financier se nourrissant d’athlètes de plus en plus jeunes, qui quittaient la maison pour une vie fabuleuse de millionnaires au milieu de leur vingtaine? L’argent est mauvais maître et l’avidité mauvaise joueuse.
Pendant longtemps, le hockey était une occasion de se surpasser, d’apprendre le jeu d’équipe (Ah! ces passes arrières si surprenantes! ) d’aller chercher la dernière once d’énergie pour accomplir un rêve.
Il y a quelques années, à Whitehorse, un fervent bénévole, solide comme du roc, organisait un tournoi de hockey bottine dans le cadre du festival d’hiver Rendezvous. Des dizaines de personnes s’y inscrivaient et l’événement connaissait une belle popularité. Tout le monde s’amusait. Des parties endiablées se déroulaient sur une patinoire improvisée délimitée par des ballots de foin, au coin de la 3e Avenue et de la rue Main. Trois ou quatre saisons se sont succédées. Et puis… comme c’est souvent le cas au hockey, ce qui devait être un lieu de plaisir et de divertissement est devenu une zone de paroles déplaisantes, de bourrades mauvaises. Le tournoi a été annulé pour éviter une escalade. Les gens ont passé à autre chose.
Les Canadiens passeront peut-être aussi à autre chose maintenant qu’il n’y a plus de hockey. Une chose semble certaine, c’est qu’ils hésiteront désormais à payer des prix exorbitants pour encourager l’avidité plutôt que l’excellence.
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