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Le 29 avril 2005

L'Aurore boréale

Le printemps fait sont frais à la cour des jours lumineux

Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale

Impossible de nier son arrivée… une arrivée remarquable, impressionnante. Après quelques bordées de neige tardives, il s’est installé en roi et maître. Couronné de bourgeons (les tout doux, ceux qu’ailleurs on connaît sous le nom de chatons ou encore de minous), le printemps fait son frais à la cour des jours lumineux. Admiré, applaudi, encensé, il marche la tête haute, à la façon d’un merle effronté : un roitelet victorieux en quête d’un royaume!

La campagne de charme du printemps fait mille conquêtes, nul ne lui résiste. La grive solitaire qui farfouille dans les sous-bois, l’élève studieux qui tente d’échapper aux longues rêveries, le cerf-volant arrêté dans sa course par la cime d’un arbre, la glace qui emprisonne le lac Kathleen frémissent tous ensemble devant l’entrée royale de la saison. L’hiver flétri demande grâce à genoux! Mais le printemps qui , hier encore cultivait la clémence, l’envoie paître près des sources thermales (Quelle dégelée quand même!) et le traite de fou des bois.

Le printemps est le roi de la fête, la personnalité de l’heure, l’invité d’honneur sur toutes les listes, admiré, applaudi, encensé, le sujet de conversation préféré, celui avec qui on veut valser…ou rentrer lorsque le bal est terminé. Pourtant, l’odeur suave qui flotte autour de lui trahit ses humbles origines terriennes…N’est-il pas né dans l’humus, sur les bords d’un ruisseau? Mais cette fragrance met la joie au cœur de tous, allez savoir pourquoi! Elle remue des souvenirs, parle de l’eau d’érable, des rigoles dans la cour, du petit frère né au mois de mai, des jonquilles échappées de la cour de la voisine, des cordes à danser, et des balles en caoutchouc. Il y a du printemps dans l’air, cela se sent!

Dans la capitale yukonnaise, les filles ont mis des jupes ou des robes de coton. Leur peau blanche attire les rayons du soleil et les regards des messieurs. Les gars dénudent leurs bras, certains y ont tatoué un cœur, pour tromper les longues nuits d’hiver. Ces dames, le regard caché derrière leurs lunettes de soleil, tentent de déchiffrer ces hiéroglyphes. Il y a du printemps dans l’air cela se voit!

Sur la rue Main à l’heure du dîner, une foule (toute petite… une foule comme on la connaît dans le Nord, 50 personnes tout au plus) prend d’assaut les trottoirs. En planche à roulettes ou en bicyclette, à pied ou en trottinette, en poussette ou en brouette, les gens retrouvent leur esprit grégaire pour saluer la saison. Un ou deux musiciens campés devant un commerce pincent leur guitare et chantent d’une voix qui prend chaque jour un peu plus d’assurance des chants populaires que personne ne connaît… Mais cela importe peu, leur présence est rassurante : ils sont les baladins du printemps, ceux que le beau temps ramène, année après année.

Et année après année, ce sont les oiseaux migrateurs qui affirment, haut et fort, que le grand cycle des saisons, demeure semblable à lui-même.

Le printemps se fait entendre. Écoutez, le printemps se fait sentir!



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