Le 18 novembre 2005
L'Aurore boréale
In memoriam du café du soleil de minuit
Par : Cécile Girard et Marie-Hélène Comeau
Editeur : L'Aurore boréale
C’est par une nuit sans lune que le soleil de minuit a disparu dans un mauvais feu d’artifice. Le café Midnight Sun, un établissement populaire fréquenté par une faune variée, a été la triste proie des flammes. Lorsque le matin est arrivé, il ne restait plus que de tristes décombres noircis et racornis gisant sous une odeur de café trop cuit...
Les écoliers ont dû traverser la rue sur un coin différent pour se rendre à leur école située juste en face. Les habitués, la tasse à la main pour leur rituelle quête matinale de caféine, sont restés abasourdis à la vue des camions de pompier qui bloquaient la rue. Ils avaient plus que jamais besoin d’un bon café en contemplant les ruines encore fumantes du café sympathique qui les réconfortait, matin après matin.
La nouvelle a semé la consternation, le désarroi et la tristesse. Il faut bien le dire : le Midnight Sun était plus qu’un café ou une brûlerie. C’était un lieu de rencontre, un lieu de retrouvailles, un lieu de dégustation tranquille, un havre de calme, un coin où terminer le chapitre d’un bon livre ou rencontrer un vieil ami.
On pouvait y boire son breuvage préféré tout en admirant les œuvres d’artistes locaux ornant les murs parmi d’autres objets hétéroclites.
La propriétaire, Zola Doré, a insufflé à son commerce un esprit particulier. Cette mécène des terres nordiques a, au cours des ans, ouvert ses portes à un grand nombre d’artistes, heureuse de pouvoir aider à sa façon au rayonnement des arts.
Mais il y avait plus. Le charme de l’endroit était en grande partie lié à son âge : l’édifice vieillot avait une âme bien à lui...
Envolés en fumée, tous les artéfacts des années dorées de la Ruée qui dormaient sur les tablettes, dans l’attente de faire jaser les touristes ou les passionnés d’histoire.
En cendres, la terrasse cernée de paravents en saules, (tressés par une artiste du lac Annie ) qui accueillait l’été des musiciens et des musiciennes.
L’approche de Zola qui concilie un sens aigu des affaires et l’engagement envers la communauté, a eu du succès. La situation n’est pourtant pas désespérée, puisque son deuxième café sur la rue Main et sa concession au Centre des Jeux du Canada ont déjà du succès... C’est pourquoi certains se surprendront de voir que les gens veulent donner. Une soirée bénéfice est en branle-bas d’organisation et toute la communauté artistique ou presque est de la partie, suivie des habitués de la place et de nombre de gens d’affaires. Les gens veulent donner pour contrer le mauvais sort qui leur a ravi leur café. Les gens veulent aussi donner pour dire à celle qui leur a fait confiance qu’ils sont encore là !
À l’heure de l’explosion du capitalisme, de la montée de l’individualisme et de la marchandisation, l’histoire de la brûlerie Midnight Sun étonne. À l’heure où l’on croit que le coût du travail est la véritable clé de l’économie et que le taux de rentabilité reste l’objectif majeur, une Yukonnaise se démarque. En cette époque de mondialisation où l’avoir l’emporte souvent sur l’être, on se surprend lorsqu’une entreprise privée vient toucher les gens droit au coeur. Le défunt café a su se moquer de toutes ces tendances et prouver qu’un investissement au sein de sa communauté peut rapporter beaucoup plus que des dollars.
Le Centre des arts du Yukon ouvre ses portes, le 27 novembre pour la soirée bénéfice, Zola’s Light Roast, c’est un rendez-vous!
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