Le 21 février 2003
La longue quête d'autonomie et de justice est en voie de se réaliser ?
Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale
Le vendredi 14 février, le hall d'entrée de l'édifice Elijah Smith est plein à craquer. Une foule bigarrée et joyeuse y célèbre un événement historique : le trentième anniversaire du début des revendications territoriales des premières nations du Yukon.
La fierté est au rendez-vous : des aînés aux cheveux poivre et sel et de jeunes couples avec leur bébés aux joues bien rondes et au regard vif, des hommes et des femmes fiers du chemin parcouru. Ils se sont rassemblés pour fêter publiquement leurs accomplissements, vêtus de leurs meilleurs habits : couvertures à boutons, robes en peau d'orignal enluminées de broderies fleuries, moccasins ornés de perles et parkas au capuchon bordé de fourrure de carcajou. Le temps est aux réjouissances et à la fierté.
En 1973, Elijah Smith du Yukon Native Brotherhood et un goupe de délégués s'étaient rendus à Ottawa pour présenter au premier ministre Pierre ElliottTrudeau un document intitulé Together Today for Our Children Tomorrow.Cette proposition allait devenir le coup d'envoi des revendications d'une communauté prête a se prendre en main; cette proposition allait changer le cours de l'histoire pour la société autochtone du territoire.
Plusieurs des membres de la délégation initiale ayant voyagé jusqu'à la capitale nationale ont quitté ce bas monde ; quelques-uns sont encore là, souriant à leurs nombreux petits-enfants. Ils sont prêts à se faire photographier en couleurs avec eux. L'ère de la grisaille est terminée.
En 2003, les premières nations du Yukon ne sont plus prisonnières de leur histoire. Non pas qu'elles puissent oublier la sombre période marquée par l'aliénation culturelle, la perte de leur fierté, l'assimilation systématique au sein des écoles de mission où nichaient des prédateurs, la construction de la route de l'Alaska et tous les maux qu'elle a entraînés, la destruction des familles, la perte des valeurs traditionnelles…
Mais la présence fière des danseurs et danseuses de la troupe Dakwakada dit que les temps durs sont derrière et que tous les espoirs sont permis. On peut maintenant tourner la page : trente ans de négociations débouchent sur l'autonomie gouvernementale, la possession et la gérance d'une partie du territoire et un mot à dire sur la gestion des ressources fauniques.
C'est aussi un message chargé d'espoir que livre le grand chef Ed Schultz en cette journée commémorative. "Les revendications que nous avons négociées font l'envie de plusieurs autres sociétés dans le monde entier! Nous avons maintenant les outils nécessaires, les cartes maîtresses pour assurer notre avenir."
La longue quête d'autonomie et de justice des premières nations est en voie de se réaliser et c'est la société tout entière qui en bénéficiera.
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