Le centre-ville de Whitehorse ravagé par la drogue
Par : Marie-Hélène Comeau
Editeur : L'Aurore boréale
Todd Hardyveut assurer qu’une partie du surplus budgétaire annoncé en santé pour le Yukon pourra être utilisée pour aider à décroître le nombre de personnes faisant usage de drogues et fréquentant le centre-ville de Whitehorse.
Le fléau inquiète énormément le chef du Nouveau Parti démocratique du Yukon et député du centre-ville de Whitehorse, qui a récemment sonné l’alarme sur la place publique.
« Des citoyens inquiets par l’accroissement du trafic de drogues à Whitehorse m’ont récemment approché pour me faire part de leurs soucis. Bien que j’habite en ville depuis plusieurs années, ce n’est qu’à ce moment-là que je me suis subitement rendu compte que l’impact et la consommation au centre-ville étaient beaucoup plus importants que je ne le pensais. Le changement s’est fait graduellement au fil des ans, sans qu’on se rende compte de la gravité de la situation. En conséquence, la situation en est à un point tel que les gens ne se sentent même plus en sécurité dans les rues de la ville », admet-il.
Depuis cette prise de conscience, Todd Hardy n’a alors cessé de multiplier les rencontres publiques au cours des dernières semaines avec les citoyens. Ces rencontres lui permettent d’avoir un meilleur aperçu de la situation exacte.
Les témoignages ont alors afflués aussi désolants et tristes les uns que les autres. Les gens, témoins muets de l’affluence des nombreuses piqueries du centre-ville, se sont mis à relater leurs histoires, heureux d’avoir trouvé une oreille attentive.
« Je crois sincèrement que les drogues sont beaucoup plus accessibles et causent plus de dommages. Il existe plusieurs groupes d’intervention qui travaillent déjà, mais de façon plus ou moins isolée. Je tente de mettre toutes ces ressources en commun et de travailler avec la communauté pour arriver à des résultats acceptables », affirme M. Hardy.
Il estime par ailleurs qu’il ne s’agit pas seulement d’un sujet qui relève de la loi mais qui concerne aussi la santé. Le ministre de la Santé, Peter Jenkins, a d’ailleurs assisté à la rencontre publique qui avait lieu la semaine dernière. Un représentant de Premièere nation Kwanlin Dunn et un agent de la Gendarmerie royale canadienne étaient aussi présents. Todd Hardy y voit là un bon signe de collaboration.
Au cours des prochaines semaines, le député du centre-ville sera occupé à faire avancer le dossier auprès du gouvernement yukonnais.
« C’est au gouvernement de reconnaître ce besoin. Je vais donc exercer des pressions pour que du financement soit versé dans ce secteur. J’en saurai plus à ce sujet, dans quelques semaines après avoir rencontré les ministres du gouvernement du Yukon.
Ça va prendre toutefois beaucoup d’énergie et d’effort , autant de la part du gouvernement que de la communauté. Nous n’avons pour l’instant fixé aucun délai pour résoudre ce fléau, mais je remarque que de mois en mois, depuis le début de nos efforts, il y a déjà des changement qui s’effectuent.»
Les statistiques du gouvernement du Yukon ne montrent pas de hausse remarquable dans les arrestations effectuées relativement à la consommation ou au trafic de drogues entre 2002 et 2003. Les données pour 2004 ne sont toutefois pas disponibles pour le moment.
D’autre part le personnel du Bureau de lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie remarque une hausse du nombre de patients ayant des problèmes relativement à la consommation de cocaïne.
Le cri d’alarme lancé par Todd Hardy a été accueilli avec grand soulagement par le programme Outreach Van, dont les intervenants travaillent quotidiennement avec les gens qui fréquentent les piqueries de la ville.
« Chaque année amène sa nouvelle drogue en ville, c’est un fait courant. Par contre, ce qui est inquiétant, c’est la venue imminente de nouvelles drogues dures, faciles d’accès qui créent d’énormes dépendances. Ça s’en vient tranquillement des grands centres urbains du Sud jusqu’à nous au Nord », souligne Joseph Graham conseiller pour « Outreach Van » , un programme qui existe à Whitehorse depuis maintenant quatre ans.
En compagnie de trois autres consultants, Joseph Graham sillonne les rues de la ville et rencontre chaque après-midi et chaque soir les gens qui consomment différents types de drogue.
« Petit à petit, en trois ans, j’ai réussi à établir un bon contact avec les patients. Je vais vers eux dans les rues et dans les piqueries. Nous ne sommes que trois alors qu’idéalement j’estime qu’il faudrait de 10 à 20 intervenants pour être plus efficace », souligne-t-il. « Nos interventions ne s’arrêtent pas seulement aux utilisateurs de drogues, mais aussi aux gens qui ont subi des traumatismes et de l’abus. Il y a plein d’aspects qui sont tous reliés les uns aux autres », observe Joseph Graham.
Il a récemment remarqué lui aussi un hausse de sa jeune clientèle dont l’âge se situe en moyenne entre 18 et 30 ans. Un constat qui va de pair avec les observations des citoyens.
Les gens intéressés à améliorer la situation, peuvent appeler M. Hardy au 393-7050.