Le 24 juin 2005
L'Aurore boréale
Les communautés francophones minoritaires doivent venir à la rescousse des langues autochtones
Par : Marie-Hélène Comeau
Editeur : L'Aurore boréale
(Whitehorse) - « L’expérience acquise pour le maintien de la langue française en milieu minoritaire doit maintenant servir pour la survie des nombreuses langues autochtones qui sont présentement en péril. Les francophones et francophiles hors Québec se doivent de soutenir les autochtones dans leur démarche. C’est un lien naturel », affirme Sir John Ralston Saul qui était récemment de passage au Centre des arts du Yukon afin de présenter son tout nouveau livre qui traite de la fin de la mondialisation ( The Collapse of Globalism And The Reinvention Of The World).
Son passage n’a pas laissé indifférents les quelque 300 personnes de tous âges qui se sont déplacées la semaine dernière pour entendre le philosophe canadien présenter ses réflexions.
Essayiste et romancier, John Ralston Saul a publié plusieurs ouvrages dans le domaine de l’analyse politiquequi ont suscité, lors de leur parution, de vifs débats intellectuels au Canada et à l’étranger, où ils ont été abondamment traduits. Son œuvre ne vise pas uniquement un public spécialisé, mais demeure accessible à un large auditoire. L’influence croissante de John Ralston Saul sur la pensée économique et politique canadienne continue de se manifester à chaque nouvelle publication de ses écrits, comme c’est présentement le cas pour ses positions sur la mondialisation.
« L’internationalisation n’est pas un nouveau concept. Déjà la religion catholique, à une époque, vendait le concept de vérité internationalement partout sur le globe. La mondialisation explique plutôt un aspect précis de l’internationalisation. Elle souligne le mercantilisme qui a réussi à faire croire que tout devait être géré au nom de l’économie. Même l’art devient, avec ce concept, une monnaie marchande », a expliqué l’adepte des débats publics. « Pendant longtemps, le discours des gouvernements en pouvoir soulignait inlassablement à quel point ils avaient les mains liées face au phénomène incontournable de la mondialisation. Qu’ils ne pouvaient rien faire face à cette puissance. Ce discours a grandement découragé les gens du Canada qui ont décidé de bouder la scène politique pour concentrer leur force dans des secteurs communautaires comme les organismes à but non lucratif. Ce phénomène est à ce point impressionnant que nous avons aujourd’hui au pays un nombre historiquement inégalé de gens travaillant au sein d’organismes à but non lucratif où ils sentent qu’ils ont un impact positif pour la communauté », explique-t-il.
Toutefois, comme le concept de mondialisation commencerait, selon M. Saul, à montrer des signes de défaillance, il serait important que les gens travaillant dans les milieux communautaires commencent à prendre enfin leur place dans les débats publics. En d’autres mots, il les encourage fortement à occuper la scène politique.
« Les organismes à but non lucratif peuvent s’insérer là où il est difficile de le faire pour les gouvernements. Ils ont donc un rôle important à jouer. Mais, en même temps, il est important que ces gens de terrain, comme c’est le cas des personnes qui travaillent au sein d’organismes francophones en milieu minoritaire, s’engagent dans le débat public. En faisant ainsi, ils permettront à tous les Canadiens de bien connaître les enjeux. Leur rayonnement dépasserait leur communauté minoritaire locale pour s’étendre à tout le pays », a-t-il souligné en entrevue avec le journal l’Aurore boréale.
Sir John Ralston Saul est un nom bien connu de la communauté franco-yukonnaise grâce au projet Français pour l’avenir qui unit, chaque année, des jeunes francophones et francophiles de partout au territoire et au pays.
« Le Nord joue un rôle essentiel dans le projet Français pour l’avenir, car la francophonie ne doit pas être vue comme étant un phénomène étendue du Nord au Sud, mais également d’Est en Ouest, unissant ainsi les trois villes du Nord », souligne-t-il. « La langue n’est qu’une langue s’il n’y a pas de contenu. Le bonheur vient dans le contenu d’une langue. Le projet Français pour l’avenir permet tout cela. Il stimule les débats et les discussions et joue probablement un rôle certain dans la formation de la prochaine génération de philosophes de ce pays », poursuit l’auteur. La version française de son livre est prévue pour janvier 2006. « Si c’est possible alors je reviendrais au Yukon faire une présentation en français. J’en serais très heureux, car je suis toujours à la recherche d’opportunités pour rencontrer les francophones pendant mes séjours yukonnais », conclut-il.
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