Le 9 septembre 2005
L'Aurore boréale
Un nouveau Grand chef, les mêmes défis
Par : Claudiane Samson
Editeur : L'Aurore boréale
Andy Carvill, le nouveau Grand chef du Conseil des Premières nations du Yukon, à la stature impressionnante.
Amateur de poids et haltères, il a travaillé par le passé comme charpentier et opérateur de machinerie lourde. Mais la politique a pris le dessus ces dix dernières années.
Il est rapidement passé de conseiller au sein de la bande Carcross Tagish au titre de chef, pour ensuite rétablir un système de gouvernance traditionnel basé sur les clans Tlingit.
Le Grand chef, dont le grand-père était francophone, n’aime pas parler de lui. Il détourne rapidement chaque question personnelle pour en revenir aux dossiers sur lesquels il compte travailler. Et ils sont nombreux.
La prospérité économique du territoire, qui passe selon lui par un meilleur contrôle des ressources naturelles; le réchauffement climatique qui touche les Premières nations du Nord; les relations avec les autres gouvernements tels que celui des Etats-Unis.
« Nous sommes un gouvernement de troisième niveau. Beaucoup de gens au sein du gouvernement ne le reconnaisse pas encore », admet-il.
Mais le dossier le plus important demeure, pour le Grand chef, la question de la santé et du bien-être des gens des Premières nations. « Vous voyez sûrement souvent ces gens le long du fleuve qui boivent de l’alcool. Et bien, ces gens ont une histoire. Ils sont passés par les écoles résidentielles », une expérience dont les séquelles doivent encore être pansées, selon lui.
C’est pourquoi il appuie les intentions des trois bandes autochtones du territoire qui désirent délaisser le système d’éducation publique.
La Première nation Kwanlin Dun à Whitehorse, Little Salmon-Carmacks et Na-Cho Nyak Dun de Mayo, ont, ce printemps toutes avisé le gouvernement du Yukon de leur intention d’assumer à l’avenir la responsabilité de l’éducation. Andy Carvill admet ne pas savoir comment le financement d’une telle entreprise pourrait fonctionner, mais il soutient qu’Ottawa en financerait une partie sous une entente de transferts de programmes et services. Quant aux critiques qui soutiennent que ce projet fait reculer la cause des autochtones, le nouveau chef n’en croit rien. Il croit plutôt que ces écoles pourraient recevoir des enfants non autochtones.
« En tant que gouvernement, elles (les bandes autochtones) ont le droit d’abandonner ce qu’elles veulent. Ça leur permet d’être en meilleur contact avec l’éducation de leurs jeunes. » « Quand je regarde l’école française, je suis optimiste qu’il y aura du financement pour nous aussi », ajoute-t-il.
Questionné sur les aspirations des francophones au territoire, Andy Carvill prend un moment de réflexion, accompagné d’un sourire.
« Il est bien qu’ils aient leur propre école. Ils ont la possibilité de se représenter et de demander les services qu’ils estiment avoir besoin. »
Comme l’une de ses intentions est d’assurer une unité entre les différents groupes locaux, il lance l’invitation à une rencontre aux représentants de la communauté francophone pour voir comment les deux organismes pourraient travailler ensemble.
« On a nous aussi besoin d’un nouvel édifice. J’aimerais bien savoir comment ils ont fait ».
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