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Le 7 octobre 2005

L'Aurore boréale

Le sort des caribous entre les mains des politiciens américains

Par : Annie Savoie
Editeur : L'Aurore boréale

(Whitehorse) - La menace qui pèse sur la harde de caribous de la Porcupine aura des conséquences chez la Première nation Gwichin, qui dépend de la harde depuis quelque 12 000 ans.

Son mode de vie traditionnel est tributaire de la salubrité de ce troupeau. Les Gwichin, qui considèrent les zones de mise bas comme des lieux sacrés, sont unis dans leur désir de protéger cette région sensible.

« Nous faisons tout en
notre pouvoir pour éviter ce
fléau », commente Lorraine Peters, qui représente la communauté de Old Crow à lAssemblée législative du Yukon.

Mme Peters et une délégation yukonnaise, composée de représentants politiques et de membres de la nation Gwich’in, se sont rendues à Washington à la mi-septembre pour participer à un grand rassemblement de sensibilisation des américains et spécifiquement des sénateurs à l’importance de la Réserve faunique nationale de l’Arctique (Arctic National Wildlife Refuge ANWR. )

« Nous sommes très satisfaits de notre action, très encouragés par les commentaires reçus. Maintenant, nous choisissons d’attendre que la date du vote soit annoncée avant d’entreprendre toute nouvelle action », explique-t-elle.

En effet, le vote sur le forage dans la Réserve est inclus dans la réconciliation budgétaire américaine pour l’année 2006. Ce budget prévoit des économies de 67 millions $ sur cinq ans, en proposant entre autres, des réductions importantes à de nombreux programmes d’assistance médicale, de prêts d’études et d’autres types d’aide aux plus démunis et aux aînés.

Les sénateurs se montrent très discrets quant à leurs intentions de vote, surtout depuis le passage dévastateur de l’ouragan Katrina, dans le sud des États-Unis. Cette tempête tropicale a, entre autres, détruit certaines des plus importantes plates-formes de forage des É.-U., diminuant ainsi l’apport national de pétrole de façon importante, ce qui pourrait bien peser en faveur du forage en Alaska.

D’un autre côté, les réductions budgétaires prévues aux programmes sociaux s’avèrent moins pertinentes lorsque nous connaissons l’étendue des dégâts dans les états touchés.

Les sénateurs Coleman et Kennedy ont voté contre le projet de forage dans la Réserve faunique nationale de l’Arctique par le passé et sont donc pressés par tout le Canada et des dizaines de groupes environnementalistes de faire de même cette fois-ci.
Mme Peters demeure confiante « que les sénateurs ne se laisseront pas endormir par des économies et réveilleront leurs esprits environnementalistes à temps. Nous enverrons une autre délégation lorsque viendra le temps », conclut-elle.

Mme Peters se sent très préoccupée par l’évolution de ce projet, mais n’aura probablement pas le temps de se rendre elle-même à Washington pour continuer les pressions. C’est donc un travail d’équipe que la Première nation Gwich’in poursuivra.


Est-ce que la Réserve faunique cache vraiment une quantité substantielle de pétrole ? Samantha Yarbough, de l’Institut de recherche pour l’intérêt public des États-Unis, maintient que la production pétrolière annuelle de la plaine côtière serait de 1,5 milliard de barils durant les premières années, mais que la nappe serait mise à sec en moins de temps que les spécialistes ne semblent le croire. De plus, il ne s’agirait là que de 4 % du besoin des États-Unis en pétrole et rien n’indique que l’or noir extrait demeurerait aux États-Unis ; il serait probablement vendu à l’étranger.

Le président Bush, fervent partisan du projet, maintient qu’il est dans l’intérêt des États-Unis de devenir indépendants du Moyen-Orient en matière de pétrole et que les « récoltes » alaskiennes serviraient aux Américains.


Quoi qu’il en soit, la première goutte d’huile ne serait pas à la surface de la terre avant 15 ans; 15 ans de travaux sur la plaine côtière qui seront nécessaires pour l’installation des infrastructures. Les dernières études, qui datent de 1998, maintiennent que la production de milliards de barils pourrait se prolonger sur une période indéfinie, sans compter les possibilités de trouver du gaz naturel… Mais tous ces chiffres ne sont que prémisses, et l’exploration, donc la destruction de cette parcelle de la Réserve, serait la seule façon d’en avoir le cœur net.


Le jour J n’a pas encore été déterminé, mais selon les dires de tous, la fin octobre devrait voir le début ou la fin d’une grande controverse environnementale.


Rappelons que depuis plusieurs années, les États-Unis parlent d’un projet de forage pétrolier sur la plaine côtière de la Réserve nationale de l’Arctique, au nord-est de l’Alaska. Ce projet très controversé irait à l’encontre de la loi américaine de 1980 intitulée Alaska National Interests Lands Conservation Act (ANILCA). Cette loi prévoit la conservation de la population piscicole et de la faune, ainsi que de l’habitat, dans leur diversité naturelle.


C’est cette même loi qui a permis la création de cette grande réserve au début des années 1980. La Réserve faunique nationale de l’Arctique couvre 19 millions d’acres, sert d’habitat à des centaines d’espèces animales et de lieu de mise bas pour la harde de caribous de la Porcupine, dont le Canada se préoccupe particulièrement. Les 130 000 caribous de cette harde migrent sur près de 643 km chaque année, du Yukon jusqu’à la plaine côtière, pour y mettre bas et paître avant l’hiver. Il y naît en moyenne 40 000 petits chaque printemps.


Les caribous choisissent spécifiquement les 2 000 000 d’acres convoités par les États-Unis pour l’exploration pétrolière pour mettre bas, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est dans cette zone que la végétation apparaît le plus tôt après l’hiver. Par ailleurs, les petits y sont mieux protégés, car la plupart des prédateurs préfèrent des milieux moins exposés.

Finalement, la plaine rase est très venteuse, ce qui réduit le harcèlement par les insectes. L’invasion de ce lieu par l’industrie pétrolière obligerait les caribous à se déplacer vers des plaines moins fertiles, ce qui se traduirait par une baisse importante de leurs réserves de graisse et par une hausse de leur taux de mortalité.

Les États-Unis outrepasseraient ainsi l’entente avec le Canada concernant la protection de la harde de caribous de la Porcupine, selon laquelle les deux pays s’engagent à éviter toute activité néfaste à la harde.



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