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Le 3 mars 2006


Comment en arrive-t-on à vivre au bout du monde?

Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale

Parti à la conquête du monde ou en quête d’une fortune plus modeste, comment en arrive-t-on à vivre au bout du monde ou à croire que le bout du monde est ailleurs? Ce changement fondamental et surprenant se produit souvent au mois de mars. Quand la lune prend possession du ciel, que la température chute à moins vingt degrés Celsius en quelques heures, l’homme ou la femme exilé sent ses cheveux prendre racine !

Ce Nord puissant si magnétique, ce Nord différent mais si chaleureux est un séducteur sans merci ! Il possède mille et un charmes et philtres d’amour pour arriver à ses fins et retenir en son sein ceux et celles qui ont osé y mettre le pied.

On sait que l’eau d’érable n’y coulera jamais, on sait que le mistral n’y soufflera pas de sitôt; on sait que les eaux des lacs y demeureront glacées même au cœur de l’été et que les cerisiers n’y fleuriront pas en mai. Mais, on reste, on s’installe, on s’ancre, on s’arrime dans ce territoire blanc d’allure qui se moque des parures.

Au Yukon, on est près de soi. Les souvenirs naissent dans le silence sous le regard acéré des aigles aux ailes immenses ; les brochets menaçants et magnifiques qui louvoient sous trois mètres d’eau cristalline meublent notre mémoire ; les mères orignales flanquées de leurs petits aux longues jambes prennent leur place dans nos souvenances.

À la fin de février, les souvenirs naissent aussi devant la beauté des sculptures sur neige au coin de la 3e Avenue et de la rue Wood. Des artistes venus du monde entier ont participé au concours de sculptures sur neige du Rendezvous. La neige unit les différences culturelles.

Toutes ces merveilles et même celles en latence, couvées par l’espoir, s’inscrivent dans les jours de printemps. La beauté des lieux prend le pas sur le quotidien et la chaleur du soleil réveille le lézard qui dort dans l’âme collective.

Et la notion d’éloignement est si relative ! Pour se dire loin, il faut avoir un point de repère, un lieu d’origine d’où tirer cette conclusion. Mais, si une partie de son cœur fredonne encore les berceuses douces, si un coin de sa mémoire est baigné du soleil du midi, cela ne veut pas nécessairement dire que l’on est loin.

Cela veut peut-être dire qu’on a le goût de partager cette beauté, d’en parler, de la chanter, et qui sait... de fonder une famille!

Et pourtant, ceux et celles qui sont nés ici rêvent de partance… Les jeunes Yukonnais et Yukonnaises savent depuis l’enfance qu’ils iront ailleurs. Ils ont toujours eu une paire de bottes de sept lieues follement rangées sous leur lit. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne les enfilent.

Le Yukon est trop petit pour eux : le monde leur ouvre les bras. Plusieurs ont pris goût au voyage en visitant les parents qui vivent dans d’autres provinces ou d’autres pays. D’autres ont quitté pour l’université ou le collège afin de compléter leurs études.

Quelques-uns de ces jeunes ont participé à la rédaction de la section spéciale des Rendez-vous de la francophonie... Leurs écrits vous diront qu’une communauté se bâtit avec des coutumes et des traditions, mais surtout avec de l’amour!

Bon Rendez-vous de la francophonie et, surtout, ne laissez pas votre cœur au soleil... Il pourrait fondre d’aise.



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