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Le 26 juin 2006
Volume IX Numéro 7
L'Express du Pacifique

Dopage : un match perdu d’avance ?

Daniel Hubert

Alors que la Coupe du monde de football suit son cours en Allemagne, Daniel Hubert fait le point sur une pratique déloyale dans le sport : le dopage. Un sujet tabou pour la FIFA, la toute-puissante Fédération internationale de football.

La grand messe footballistique suit son cours en Allemagne. Mais il est un sujet tabou que peu osent aborder : le dopage des joueurs.

La Fédération internationale de football (FIFA) détruira, à la fin de la Coupe du monde 2006, les échantillons d’urine prélevés sur les joueurs au cours de l’évènement. De plus, aucun contrôle sanguin ne sera effectué pendant le Mondial. Raison invoquée ? Il n’y a pas de problème de dopage en football.

La lutte antidopage est pourtant un vaste chantier. Aristocrates sportifs de la fin du 19e siècle, athlètes d’État du bloc soviétique, joueurs contemporains sponsorisés par des marques… Le sport offre à certains célébrité et fortune. Aujourd’hui plus qu’hier, en raison de la marchandisation croissante du sport, l’important est de gagner et non pas de participer. Dès lors, la tentation est grande pour certains athlètes et entraîneurs de recourir au dopage. Au diable l’éthique selon laquelle le sportif doit user de ses facultés naturelles développées par l’entraînement !

Depuis le fameux « pot belge », mélange improbable d’amphétamines, de cocaïne et d’héroïne, apparu au début du XXe siècle dans le cyclisme, le dopage s’est spécialisé et sophistiqué. Dans les sports à effort de longue durée, comme le cyclisme, l’athlète cherche à améliorer son oxygénation sanguine par prise d’EPO (érythropoïétine). Les stéroïdes anabolisants permettent l’accroissement de la masse musculaire et donc de la puissance du sportif. Des sprinters et des footballeurs connus en ont pris et se sont fait prendre. Jusqu’à ces dernières années, les produits dopants étaient souvent des médicaments détournés de leur usage initial par des ateliers artisanaux. Or, il semble qu’on assiste à un changement d’échelle. En 2003 est découverte l’implication d’un laboratoire pharmaceutique californien dans la fourniture à des athlètes d’anabolisants de synthèse. Il est alors démontré que ce laboratoire a établi un partenariat avec des sprinters de renommée internationale. Le journal français Le Monde du 6 juin 2006 a dévoilé un réseau de transfusion sanguine à grande échelle dans le petit monde du cyclisme. Un médecin et un directeur de laboratoire seraient les organisateurs de ce réseau établi à Madrid. Actuellement, les autotransfusions sont indécelables… Elles marquent l’apparition de produits masquants.

Le dopage s’étend de plus en plus aux amateurs. Jusqu’où pourra-t-il aller ? « Jusqu’à la thérapie génétique et cellulaire », affirme le docteur Gérard Dine, spécialiste français. Il semble que le dopage ait toujours une longueur d’avance sur les contrôles.

Au Canada, peut-on être optimiste sur l’élimination du dopage aux Jeux olympiques ? « Oui ! », répond Jeremy Luke, directeur antidopage du Comité d’organisation des Jeux olympiques de Vancouver en 2010. Et de souligner la création en 1999 de l’Agence mondiale antidopage (AMA), à l’initiative du Comité international olympique, suivie de l’élaboration du Code mondial antidopage en 2003. L’AMA, implantée à Montréal depuis 2002, a pour but de promouvoir sur le plan international la lutte contre le dopage. Elle harmonise aussi les procédures de contrôle antidopage et les sanctions et finance également des projets de recherche et d’éducation. Ce qui est nouveau, poursuit Jeremy Luke, « c’est que des contrôles sont maintenant pratiqués avant et pendant les compétitions, sur les sites olympiques ou en dehors, annoncés ou inopinés ». Par ailleurs, un autre volet important sur lequel insiste Jeremy Luke, « est l’éducation des athlètes eux-mêmes et de leur entourage aux valeurs du sport ».

Sur un autre front, la recherche progresse et certaines pratiques, comme les autotransfusions sanguines, pourraient ne plus passer au travers des contrôles. À ce titre, les contrôles a posteriori, même après plusieurs années, représentent un moyen dissuasif fort. À condition de conserver les prélèvements comme le recommande l’AMA ! Or, la FIFA ne s’est mise en conformité avec le Code mondial antidopage qu’à la veille de la Coupe du monde, le 8 juin. C’est donc trop tard pour l’appliquer pendant cette Coupe. S’il y avait quelque chose à cacher dans le football concernant le dopage, la FIFA ne s’y serait pas prise autrement !

Editeur : L'Express du Pacifique


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