Le 26 juin 2006
Volume IX
Numéro 7
L'Express du Pacifique
Le jazz patient de Bruno Hubert
Raphaël Perdriau
Le Festival de jazz de Vancouver revient cette année avec son cortège de talents locaux à découvrir. Raphaël Perdriau a rencontré Bruno Hubert, pianiste de plusieurs formations de la région.
La musique du pianiste Bruno Hubert est comme un bon vin : sa qualité se mesure à sa maturité.
On dit de Bruno Hubert qu’il est le secret le mieux gardé du jazz à Vancouver. Une réputation que ce pianiste, très en demande sur la scène musicale locale, mérite : en 20 ans de carrière, celui-ci n’a encore commercialisé qu’un seul album sous son nom. Le principal intéressé, qui mène son propre trio depuis plus d’une décennie, déclare se satisfaire de rester en retrait la plupart du temps.
« Je me suis toujours considéré comme un accompagnateur plutôt qu’un soliste, explique-t-il. J’aime mieux être au deuxième plan. »
L’art de l’accompagnement, Bruno Hubert l’a appris quand il a commencé la musique à l’âge de dix ans, dans sa ville d’origine, Manawaki, au Québec. Il était alors batteur dans la fanfare municipale. « Nous étions 75 musiciens et répétions pour des marches à l’occasion d’enterrements ou de fêtes, raconte-t-il. Dans une fanfare, on se sent tout de suite dans une équipe : tout le monde doit jouer la même chose et on se rend compte que chacun d’entre nous a des talents différents. »
Son passage au piano sera relativement tardif : Bruno décide à 20 ans de se consacrer entièrement à cet instrument, abandonnant du coup l’étude de la batterie. Après des cours privés puis au Collège de Ste-Foy à Québec, il commence sa carrière comme accompagnateur de musique populaire, notamment pour des spectacles de radio et de télévision à Radio-Canada. « J’ai accompagné des chanteurs comme Céline Dion et Richard Séguin, l’espace d’une chanson », se rappelle-t-il.
Puis Bruno Hubert déménage dans l’Ouest canadien en 1989 afin de venir se perfectionner au Collège Capilano de Vancouver Nord, qui offre alors un programme en musique commerciale. Il y joue du jazz avec d’autres jeunes musiciens tels que le trompettiste Brad Turner, le bassiste André Lachance et le batteur Dylan Van der Schyff ; les quatre étudiants forment le Brad Turner Quartet en 1994. L’idée d’un trio mené par le pianiste naît de cette collaboration, à la même période.
« Brad a réussi à me convaincre de monter un groupe avec lui à la batterie et André à la basse », relate Bruno, qui avoue avoir hésité plusieurs années avant d’accepter l’offre.
Il faut attendre 2002 pour que la formation, alors encore appelée le Bruno Hubert Trio, enregistre son premier et unique album à ce jour. Intitulé Get out of town, il s’agit de l’enregistrement d’un concert au club Cellar de Vancouver. Cette collection de dix reprises de jazz, pour la plupart des standards, est le fruit de l’exigence artistique du pianiste.
Coup de foudre pour un standard de jazz
« La plupart de ces morceaux, j’avais travaillé dessus pendant une bonne dizaine d’années, souligne Bruno Hubert. Pour moi, ce genre de répertoire, surtout au piano, je dois l’avoir complètement mémorisé avant d’accepter de l’enregistrer pour le vendre. » Et de comparer le choix des pièces qu’il interprète à une relation amoureuse : « Les morceaux que je joue sont ceux avec lesquels une connexion s’établit. C’est souvent comme un coup de foudre quand je les découvre. À ce moment-là, il s’agit pour moi de prendre la décision de passer le reste de notre vie ensemble ! Avec la pratique quotidienne, cela devient une relation de tous les jours : très vite, je me rends compte si j’aime le morceau ou pas ».
Influencé par des pianistes de jazz de renom tels que Bill Evans, Herbie Hancock et Keith Jarrett, Bruno Hubert se dit lui-même incapable de composer. Il se voit plutôt comme un « manipulateur » de mélodies écrites par d’autres. Son répertoire actuel comprend notamment des versions instrumentales de chansons des Beatles et du music-hall des années 40.
« Les paroles, ça se joue de mille et une façons, affirme-t-il. On peut changer la vitesse à laquelle elles ont été chantées, mais, avec les mêmes accents et les mêmes phrases, on peut encore entendre l’inflexion des mots. L’histoire reste la même. »
Ces dernières années, le trio a évolué : Sean Cronin et Sam Cartwright accompagnent désormais Bruno, respectivement à la basse et à la batterie. La formation a également changé de nom et s’appelle aujourd’hui Taxidermists, un clin d’œil à l’essence de la musique du groupe : « Tu prends l’animal, tu le vides et tu le remplis de quelque chose d’autre ! », explicite le pianiste en riant.
Et ô miracle : un deuxième disque est en préparation !
Le trio Taxidermists se produit à plusieurs reprises dans le cadre du Festival de jazz de Vancouver 2006 : au club Cellar (3611, Broadway Ouest), avec André Lachance à la basse, le 28 juin, dès 20 h ; au club Rime (1130, Commercial Drive) les 1er et 2 juillet, dès 17 h 30. Lors de cet événement, Bruno Hubert accompagne également le Mike Allen Quartet le jeudi 29 juin, et le Brad Turner Quartet le vendredi 30 juin, les deux soirs à la salle du Ironworks (235, rue Alexander), dès 20 h.
Editeur : L'Express du Pacifique
|

|
Culture
|
Le jazz patient de Bruno Hubert
Le Festival de jazz de Vancouver revient cette année avec son cortège de talents locaux à découvrir. Raphaël Perdriau a rencontré Bruno Hubert, pianiste de plusieurs formations de la région.
|
|
Société
|
Autochtones : l’acculturation continue...
Deux réalisatrices ont suivi le parcours de Sally Tisiga, une femme à la recherche de ses racines autochtones après avoir été retirée à sa famille à l’âge de 4 ans et placée dans des foyers blancs. Projection unique le 6 juillet à l’Alliance Française.
|
|
Sports
|
Dopage : un match perdu d’avance ?
Alors que la Coupe du monde de football suit son cours en Allemagne, Daniel Hubert fait le point sur une pratique déloyale dans le sport : le dopage. Un sujet tabou pour la FIFA, la toute-puissante Fédération internationale de football.
|
|