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<< Retour | Archives | La une | Sports Publié le mercredi 4 janvier 2012 | Mis à jour le jeudi 5 janvier 2012 |
NouvellesEndormir la douleurJocelyne Nicolas
Winnipeg -
Le hockeyeur Riley Cote est passé par le collège Béliveau et le collège J.H. Bruns à Winnipeg pour monter jusqu’au plus haut échelon sportif : la Ligue nationale du hockey (LNH). Il a marqué son premier but professionnel le 17 février 2008, comme ailier pour les Flyers de Philadelphie. Pourtant, ce n’était pas son habileté à marquer des points qui a solidifié sa présence dans l’équipe. C’était son habilité de lancer des coups de poing. Il a trouvé sa niche comme homme fort chez les Flyers pendant la saison 2007 – 2008. « Ce n’était pas mon plan, d’être celui qui se bat tous les soirs, admet Riley Cote. Mais la réalité pour moi, c’était que si je voulais jouer dans la LNH, je devais utiliser ma taille et mes poings pour m’y rendre. C’est un rôle que j’ai assumé pour réaliser un rêve. » Tendances préoccupantes En l’espace de trois mois l’été 2011, Derek Boogaard, Rick Rypien et Wade Belak, trois anciens joueurs de la LNH, sont décédés. On soupçonnait des suicides, ou dans le cas de Derek Boogaard, une surdose de drogue qui a été confirmée. Les trois étaient connus pour leurs rôles d’hommes forts. À la suite de ces décès, le public voulait donc blâmer les commotions cérébrales et l’effet psychologique du rôle d’homme fort. Riley Cote, maintenant âgé de 29 ans et à la retraite, affirme que les pressions d’un tel rôle sont plus complexes que ce qu’on croit. « On ne pourra jamais savoir ce qui s’est passé dans la vie de ces trois hommes décédés, affirme-t-il. Et ce n’est pas à nous de le savoir. Ce que je me dis, c’est qu’il y a des hommes forts depuis le début du hockey. Pourquoi, tout à coup, les ravages physiques et psychologiques de ce rôle semblent-ils si lourds? » La LNH adapte souvent ses règles pour créer un jeu plus sain et en même temps plus dynamique. Un des défis, c’est la taille et l’habileté des joueurs d’aujourd’hui. Riley Cote mesure six pieds, deux pouces, sans ses patins. Et il était loin d’être le plus grand joueur dans la Ligue. « Les gars mesurent, en moyenne, quatre pouces de plus que dans le bon vieux temps, soutient Riley Cote. Le niveau d’entraînement est très élevé, et le jeu lui-même se joue à une plus grande vitesse. C’est sûr que les joueurs vont se blesser plus souvent. » Il estime de plus que tous les joueurs ne prennent pas le temps de récupérer avant de retourner sur la glace. « Il y a eu des moments où j’avais deux yeux au beurre noir que je pouvais à peine ouvrir, révèle Riley Cote. Mais on s’attendait à ce que j’aille me battre avec un autre homme fort dès le lendemain. Et je le faisais. Si j’avais été quelqu’un qui abandonnait quand j’avais mal ou quand j’étais fatigué, je n’aurais pas pu me rendre en LNH. C’est un peu le mauvais côté de la médaille pour les athlètes professionnels. » Nouvelle réalité Ce désir de jouer, quelles que soient les conséquences, a amèné une nouvelle réalité dans le sport. « Qu’est-ce qui a changé dans le rôle de l’homme fort? Je ne vois que l’accessibilité des drogues prescrites, lance Riley Cote. On a toujours mal quelque part. Pour jouer, il faut donc des médicaments pour contrôler la douleur. Comment ne pas devenir dépendant? Pour un homme qui est prédisposé, ou qui souffre déjà de dépression, la chute vers la dépendance peut vite arriver. » Le rôle d’homme fort nuit au corps d’un joueur, mais aussi à ses émotions. « Un boxeur professionnel qui se bat ne souffre pas trop du point de vue émotionnel, avance Riley Cote. Mais lui, il lutte trois ou quatre fois par an. Je devais être préparé à me battre 82 fois par saison, sans compter les éliminatoires. » Riley Cote est maintenant l’entraîneur adjoint de l’équipe de la Ligue américaine de hockey (AHL) de Philadelphie. Il n’en pouvait plus du stress de son rôle et il a fait le choix d’arrêter pour son bien-être physique et mental. Faisant face à l’option de retourner à la AHL ou de devenir entraîneur, en 2010, Riley Cote a donc abandonné son rôle d’homme fort. « Tu arrives à un point où tu ne relaxes jamais, explique-t-il. Avant chaque match, tu dois te motiver, et parfois pour aucune raison. Il reste toujours une énergie nerveuse, un petit nœud d’angoisse. Les drogues pour la douleur allègent aussi cette angoisse. La tentation d’en abuser est dangereuse. » Riley Cote affirme que le rôle d’homme fort laisse ses traces sur le plan psychologique. « De l’aide psychologique est disponible pour les joueurs de la LNH, avoue-t-il. J’aurais dû en demander à certains moments. Mais je m’en suis sorti, finalement. Pour ceux pour qui les pressions sont trop lourdes, et les drogues trop facilement accessibles, les résultats ne sont pas toujours beaux. »
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