Le 13 décembre 2006
La Voix acadienne
La «nation» québécoise trouve un écho en Acadie
Jacinthe Laforest
Le premier ministre Stephen Harper a causé tout une surprise à la Chambre des communes le mercredi 22 novembre dernier en déposant une motion voulant que la Chambre des communes «reconnaisse que les Québécoises et Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni».
Sachant pertinemment bien que le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, comptait profiter de la journée d’opposition du Bloc pour déposer une motion à cet effet le lendemain, Stephen Harper est venu lui couper l’herbe sous le pied en déposant sa propre motion.
Le lundi 27 novembre, la proposition était soumise au vote et adoptée sans équivoque par un vote de 265 contre 16. Seuls le député indépendant Garth Turner, récemment expulsé du caucus conservateur, ainsi que 15 députés libéraux, se sont opposés à la motion.
Le président de la Société Saint-Thomas-d’Aquin, Edmond Richard, trouve qu’ici en Acadie, on doit se réjouir pour le Québec.
«D’abord disons que toutes les institutions intéressées par la question considèrent cette reconnaissance comme symbolique. C’est un titre, un concept, à l’intérieur d’un Canada uni. Une nation à l’intérieur d’une nation. On n’a pas défini avec précision le concept, ni les pouvoirs que cela pourrait apporter. Nonobstant tout cela, c’est une reconnaissance politique qui a une valeur et je pense que comme communauté, on doit être content pour le Québec.»
Petite histoire d’une motion
Selon Edmond Richard, la motion sur la nation québécoise a son origine dans l’aile québécoise du parti libéral fédéral. Ce sont ses membres qui ont apporté cette motion dans le courant de la course au leadership libéral. Michael Ignatieff l’a appuyé et s’en est fait le porteur.
Pendant ce temps-là, aux Communes, comme nous le disions en haut du texte, le Bloc Québécois se préparait à présenter sa propre motion sur la reconnaissance.
«En présentant sa propre motion, Stephen Harper a court-circuité le Bloc Québécois ainsi que le débat qui devait avoir lieu deux jours plus tard (le mercredi 29 novembre) lors du congrès libéral. En prenant tout le monde de vitesse, Stephen Harper a défini lui-même le contexte dans lequel il était prêt à reconnaître la nation québécoise et il a situé cette reconnaissance au niveau symbolique.»
Selon Edmond Richard, le débat n’est peut-être pas fini car l’aile québécoise libérale voulait plus qu’un symbole. Pourtant Stéphane Dion a bien dit qu’il n’avait pas l’intention de transformer le Canada en un immense «laboratoire de sciences politiques».
Des échos en Acadie
Malgré des réactions mitigées dans les communautés francophones de certaines régions du Canada, dans l’Ouest nommément, Edmond Richard ne voit pas de problème avec cette reconnaissance, surtout dans le contexte où le Québec avait dévoilé quelques semaines auparavant, sa politique en matière de francophonie canadienne.
M. Richard siège à la Société Nationale de l’Acadie, qui tenait son conseil d’administration à l’Île les 2 et 3 décembre.
«L’Acadie forme-t-elle une nation? Nous avons notre société nationale, nous avons notre drapeau national, nous avons notre hymne national, une histoire qui nous distingue. Ce qu’on définit comme l’Acadie est clair, et il n’y a pas de débat non plus sur où est l’Acadie et qui est Acadien…»
Est-ce aussi claire que cela? Du même souffle, Edmond Richard dit que la question sur la nation québécoise a relancé une réflexion qui avait été commencée (ou continuée) en 1994, avec le premier Congrès mondial acadien.
«Avant de parler de nation acadienne, parlons de peuple acadien. Et ce peuple, quel est son territoire. Est-il seulement ici en Atlantique, ou est-il mondial, avec la France, la Louisiane et le Québec. Tous ces gens ne sont pas représentés par la SNA. Si le territoire est mondial, est-ce à dire que la SNA ne représente que la portion de l’Atlantique?»
Comme on le lit, Edmond Richard se pose beaucoup de questions. «Dans le contexte que le Québec est maintenant reconnu comme une nation dans une nation, et si l’Acadie voulait se faire une nation, que signifient nos symboles nationaux dans ce nouveau contexte-là?»
Editeur : La Voix acadienne
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