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Le 13 décembre 2006

La Voix acadienne

Nation pour nation

Jacinthe Laforest

La reconnaissance par le gouvernement Harper de la «nation» québécoise interpelle l’Acadie par de nombreux aspects.

Sans vouloir discuter ici si oui ou non le Québec est une nation et dans quelle mesure cette reconnaissance pour le Québec est bonne pour le reste du Canada, le débat ramène au premier plan un sentiment de «nationalisme» acadien.
Nationalisme au sens de «en faveur d’une nation», ou se sentant «partie d’une nation».

De fait, les symboles de l’Acadie sont décrits comme des symboles nationaux, symboles d’une nation : Un hymne national, un drapeau national, une société nationale.

Ces symboles nationaux ont été adoptés par des Acadiens qui savaient qui ils étaient. À partir de la fin du 19e siècle, à une époque où le nationalisme acadien était à son comble, les grandes conventions ont été le lieu de discours et d’échanges d’idées qui, encore aujourd’hui, font histoire.

Les congrès mondiaux acadiens tenus jusqu’à présent n’ont pas laissé ce genre de traces indélébiles et porteuses, et ce malgré les énormes moyens déployés et le grand nombre de personnes présentes. Oui, les réunions de famille ont un grand succès, mais les retombées qui pourraient aider à préciser davantage une véritable «nation acadienne» se font encore attendre.

Pour se savoir partie d’une «nation», il faut connaître l’histoire de cette nation, et savoir l’influence que cette histoire a eue sur le peuple.
Or, à l’heure où l’Acadie de l’Île-du-Prince-Édouard se prépare à souligner, à commémorer, en 2008, le 250e anniversaire de la Déportation qui a eu lieu sur ses côtes, on craint de constater que bien des Acadiens ne connaissent pas assez leur histoire pour même savoir ce qu’ils ne devraient pas oublier.
D’un autre côté, est-ce qu’une nation ne se définit que par son histoire et par son passé? Au contraire, une nation se définit-elle par sa vision de l’avenir, par le chemin qu’elle veut suivre, par la destination qu’elle se choisit elle-même?
Si c’est le cas, l’Acadie peut-elle se décrire comme une nation. Sait-on où l’Acadie s’en va? Il y a fort à parier que même ceux qui savent d’où ils viennent ne savent pas où ils s’en vont, ni où l’Acadie s’en va.

Nous avons les outils qu’il faut pour lancer des projets de société. Qu’attendons-nous? L’Acadie va-t-elle se contenter de continuer à faire des mégafêtes de familles tous les cinq ans?

Voyez comme ces questions, ajoutées à celles que pose le président de la Société dans nos pages cette semaine, pourraient alimenter des débats, à tout le moins susciter des réactions.

Toutes ces questions n’ont de pertinence que si, à tout hasard, l’Acadie et les Acadiens voulaient se reconnaître comme une nation. Si l’idée de former un peuple reconnu et reconnaissable n’est pas une priorité, on oublie tout. C’est bien plus facile.

Editeur : La Voix acadienne


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