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Le 13 juin 2005

Le Gaboteur

Mines Alerte : La santé vue par les femmes du Labrador

Par : Geneviève Génier Carrier
Editeur : Le Gaboteur

Labrador City- Les groupes de femmes de l’ouest du Labrador, en collaboration avec l’organisme Mines Alerte Canada, ont réalisé une recherche sur l’impact des mines sur santé des femmes en 2004. Le rapport déposé en novembre place les effets sociaux en première ligne.

Un projet conjoint
L’industrie minière a mauvaise presse au plan de la santé. La découverte de maladies liées au travail dans les compagnies minières tel l’amiantose et la bériliose, ainsi que la contamination de sites en périphérie des mines, ont amené le raffermissement des réglementations en matière de santé et d’environnement.
Labrador City et Wabush accueillent deux des plus grandes mines de fer au Canada. À elles seules, les compagnies minières IOC et Mines Wabush exportent 60% des minerais du Canada. En 2002, elles se classaient parmi les plus grands émetteurs de particules respirables au pays.
Face aux craintes exprimées par la population et au manque de ressources disponibles pour y répondre, les Femmes francophones de l’ouest du Labrador (FFOL) conjointement avec le Labrador West Status of Women Council et Mines Alerte Canada ont enclenché une étude pour cerner les impacts de l’extraction minière sur la santé des femmes et outiller la communauté pour qu’elle puisse se protéger.
En plus d’étudier les impacts directs de l’exploitation minière par des analyses d’échantillons de sol, d’eau et d’air, ces organismes ont tenté d’explorer la perception qu’ont les femmes de leur propre santé. 29 d’entre elles ont répondu à un questionnaire à cet effet. Au total, près de 80 femmes ont participé aux différentes étapes du projet.

Les effets sociaux des mines
Déposé le 7 novembre 2004, le rapport révèle que ce ne sont pas les impacts physiques directs de l’exploitation minière qui inquiétaient principalement les femmes interrogées. Quoique la poussière soit un élément de désagrément majeur, elles se sont dit plutôt préoccupées par les composantes sociales et psychologiques de la santé tels la dépendance, l’abus, les quarts de travail et l’isolement.
« Le questionnaire, on ne l’a pas fait en privilégiant un aspect, souligne Cathie Robichaud, directrice générale du FFOL, c’est vraiment ce que les femmes ont répondu ». Les différentes analyses de terrain n’ont d’ailleurs pas permis de détecter de situations réellement dangereuses pour la santé, à part une forte concentration de métaux dans l’eau des lacs environnants. Les échantillons ont cependant été réalisés pendant l’arrêt des activités des compagnies minières dû à la grève. Il serait nécessaire d’en refaire afin de confirmer ces résultats.
Le rapport présente une très grande différence entre les réponses des femmes francophones et anglophones interrogées. Le faible nombre de participantes rend néanmoins ces données peu significatives. Il révèle que les femmes francophones se sentent plus isolées et que la difficulté d’avoir accès à des services en français est un problème criant.
« Le plus dérangeant c’était le service de santé, être obligés de se déplacer à Fermont. On n’a pas de psychologues francophones, on n’a pas de médecins francophones, pas de dentistes francophones, il faut avoir une traductrice », explique Cathie Robichaud. Le manque de services pour les personnes handicapées a aussi été souligné par la majorité des femmes.

Suite du rapport
Suite au dépôt du rapport en novembre dernier, les deux groupes de femmes l’ont fait parvenir aux différentes parties visées. Elles les ont ensuite rencontrées pour présenter leurs revendications et discuter des solutions envisageables. Les différents intervenants ont répondu qu’ils mettraient tout en œuvre pour y faire suite.
Six mois après le dépôt du rapport, Cathie Robichaud remarque qu’aucune mesure tangible n’a encore été prise. Ce projet a quand même permis à plusieurs femmes de s’impliquer dans un processus de recherche communautaire et de s’exprimer sur leur santé. Il a aussi permis une première collaboration étroite entre les deux groupes de femmes oeuvrant dans l’ouest du Labrador. Reste à savoir quand et comment s’adapteront les différentes institutions visées par ces revendications.



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