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Le 28 novembre 2005
Le Gaboteur
Exode rural
La fin des communautés rurales à Terre-Neuve-et-Labrador ?
Ce n’est pas demain la veille
Par : Marc Despatie avec la collaboration d’Andrée Bélanger
Editeur : Le Gaboteur
La Grand'Terre-
Note de la rédaction : Ce texte est la suite de l’article intitulé « Prendre la mauvaise décision pour les bonnes raisons », publié dans le Gaboteur du 24 octobre.
Le phénomène de l’exode rural, abordé il y a quelques semaines, n’est pas unique à la péninsule de Port-au-Port. C’est un problème qui touche plus de la moitié de la population de Terre-Neuve-et-Labrador.
Les gouvernements fédéral et provincial ont fait des études, ils ont créé des équipes rurales et des secrétariats, ils ont même mis sur pied quelques programmes. Des groupes de personnes touchées par l’exode rural ont parrainé des colloques comme le Rural Symposium 2005 : Focusing on our Future, qui s’est tenu à Carbonear les 13 et 14 juin derniers.
Mais il n’y a pas de formule magique pour régler le problème fondamental. Les employeurs quittent, les professionnels et les entrepreneurs quittent, les gens quittent, les écoles ferment leurs portes et bientôt il ne reste que quelques patriotes ou obstinés, selon notre perspective. Chaque communauté est différente, donc souvent les solutions possibles sont différentes et l’expérience positive d’une communauté n’est pas un gage de succès pour une autre.
Ici à Terre-Neuve, la population totale est en déclin, la population rurale est en déclin, mais tout va bien à Saint-Jean. Il y a de la construction partout et une étude a même classifié Saint-Jean comme la meilleure ville au Canada où faire des affaires.
Cela ne rassure pas les habitants des régions rurales de la province, qui réclament de meilleures infrastructures et de meilleurs services de la part du gouvernement provincial, la plupart du temps sans obtenir de résultats satisfaisants.
Plusieurs se demandent, comme Joseph Benoît, directeur de l’École Sainte-Anne à la Grand’Terre et Robert Cormier, résident du Cap-Saint-Georges, si le gouvernement provincial ne serait pas plus intéressé, sans jamais vouloir l’admettre, à voir disparaître les petits villages de Terre-Neuve. « Je me demande vraiment si le but n’est pas de nous négliger au point qu’on disparaisse », de dire M. Benoît.
Et quant à l’aide que le gouvernement fournit, M. Cormier est de l ‘avis qu’il pourrait en faire plus. Par exemple, au fédéral on a mis sur pied le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE), un organisme de promotion du développement économique.
« Le RDÉE peut faire de la promotion et aider avec des demandes, mais c’est tout », affirme M. Cormier. « Il ne peut pas monter un projet et le suivre, et c’est de ça que l’on a souvent besoin dans les petites communautés où il n’y a pas beaucoup d’expertise ».
Peu importe, on se débrouille. Les habitants des régions rurales de la province ne quitteront pas leurs communautés bien-aimées de sitôt. Selon M. Cormier, qui est intéressé d’abord et avant tout par sa région, il y a beaucoup de potentiel pour créer de l’emploi et stimuler l’activité économique dans la péninsule.
« Je n’ai pas grand espoir pour la pêche, mais on ne sait jamais. Je serai intéressé de voir les résultats de certains procès qui sont actuellement en cours. C’est vrai aussi qu’il y a de bonnes terres ici qui ont été abandonnées, alors on pourrait les reprendre et faire un peu d’agriculture.
Du côté touristique, on a du travail à faire, mais je pense que c’est très possible d’attirer des touristes dans la région. Plus de 70 000 personnes sont passées à environ une heure d’ici pour aller à Gros Morne l’été dernier. On n’aurait qu’à en attirer un petit pourcentage et l’industrie touristique deviendrait très intéressante ici. Sans compter qu’on pourrait faire des choses sur l’Île-Rouge et dans chaque communauté de la péninsule, pour créer un circuit. »
M. Benoît, pour sa part, est tout aussi optimiste : « Si on pouvait régler les problèmes de règlements de pêche qui sont discriminatoires contre les Terre-neuviens, la pêche, qui est quand-même l’activité économique la plus importante ici, pourrait se développer davantage. Le secteur du pétrole est aussi mûr au développement – il y a du pétrole dans la terre tout autour de la Baie Saint-Georges – mais je ne crois pas qu’on verra ce développement avant que les quatre projets de l’offshore soient tous en marche. Aussi, il n’y a pas de doute que le tourisme serait valable si on avait les infrastructures – mais c’est surtout saisonnier. »
Les idées abondent et la volonté est là aussi. Tout ce qui semble manquer, au dire de M. Cormier, est la coordination au niveau local. « On a des stratégies économiques individuelles dans chaque communauté, mais on n’en a pas une au niveau de la région. C’est nécessaire afin qu’on puisse tous travailler vers les mêmes buts plutôt que de se faire compétition. »
George Parsons, le chef de direction de la Mariner Resources Opportunities Network et un des organisateurs du Rural Symposium 2005 : Focusing on our Future, disait essentiellement la même chose lors du colloque : « La régionalisation, ce n’est pas la fusion des municipalités. C’est plutôt la coordination des communautés pour partager les ressources et utiliser plus efficacement les ressources financières limitées qu’on a à notre disposition. Il faut qu’on le fasse tout de suite, il faut qu’on passe à l’action. »
Pour l’instant, donc, l’exode rural se poursuit. Toutefois, l’irréductible esprit terre-neuvien et l’attachement profond de ce peuple à sa terre natale me porte à croire que dans 500 ans il y aura toujours des habitants dans la péninsule de Port-au-Port, tout comme dans un bon nombre des communautés rurales de la province qui, en ce moment, se sentent menacées par l’urbanisation.
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