Le 28 novembre 2005
Le Gaboteur
Les femmes francophones de l’Ouest du Labrador et le tissage artisanal
Par : Arthur Ezéchiel
Editeur : Le Gaboteur
Labrador CIty-
Le métier à tisser à pédales, cette antiquité qui aurait pu devenir aujourd’hui sous d’autres cieux une pièce muséale, continue d’être utile et de défier le temps à Labrador City par la volonté de certaines femmes francophones qui trouvent du plaisir à s’adonner au tissage. La plupart sont des mères et des grands-mères qui se consacrent dans leurs moments libres à confectionner manuellement des couvertures, des nappes, des napperons, des laines à vaisselle et des tapis de plancher qu’elles offrent généralement en cadeau aux membres de leurs familles et à leurs amis.
Essentiellement, le travail sur un métier à tisser artisanal consiste à entrecroiser manuellement une série de fils disposés à l’horizontale et à la verticale pour fabriquer des tissus et des étoffes de dimensions variées. Ce travail de longue haleine comporte plusieurs opérations méticuleuses dont les principales sont le montage de fils sur le métier à tisser et le tissage proprement dit. Ce sont là des tâches que les Femmes francophones de l’Ouest du Labrador (FFOL) réalisent avec compétence à l’instar des tisserands des temps anciens.
Pourtant, le contraste est frappant, car ces femmes qui pratiquent le tissage artisanal sont plus que modernes ! En effet, elles utilisent Internet, conduisent des automobiles, s’habillent à la mode et sont pour la plupart des intellectuelles. C’est le cas notamment de Mesdames Lise Boucher et Idelta Cyr, tissaient allègrement le soir de notre visite au local des FFOL qui sert d’entrepôt au métier à tisser.
Placées de chaque côté de l’énorme métier à tisser en bois, Lise Boucher et Idelta Cyr, qui tout en jasant, se passaient et se repassaient à la main des heures durant, la navette contenant le fil de trame. Pour ces deux femmes, le tissage est moins un travail qu’un passe-temps. C’est dans cet esprit que Lise Boucher s’est confiée en affirmant que « j’ai toujours aimé le tissage parce que je trouve que c’est une détente. On oublie ici tout ce qui est de l’extérieur. On y vient avec nos amies et on jase…Les produits sont très visuels et vraiment beaux. » Quant à Idelta Cyr, elle souligne en souriant : « j’aime tisser. Le tissage prend beaucoup de temps et de patience. Tout ce qui est artisanal m’intéresse. Je suis une artisane ».
À l’origine, le métier à tisser était une propriété du Cercle des infirmières de Labrador et de Wabush, un regroupement de femmes francophones qui a fermé ses portes en 1999 parce que ses membres avaient soit déménagé ou bien trouvé un emploi permanent. C’est dans ce contexte que FFOL a hérité du métier à tisser en 2004. Dès lors, pour assurer une utilisation optimale de la machine, des ateliers de formation ont été organisés à l’intention des femmes francophones intéressées par cette activité. Ces sessions de formation animées par des tisserandes d’expérience, ont permis aux participantes d’acquérir des compétences liées à la préparation du métier à tisser à savoir le montage et l’assemblage de fils ainsi que les techniques de tissage.
Enfin, il n’est pas exagéré de dire que FFOL a réussi à introduire le tissage artisanal dans les mœurs de certaines de ses membres. Comme quoi, à Labrador Cité, la modernité ne s’oppose pas forcément aux anciennes traditions et mœurs.
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