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Le 11 octobre 2006
Volume 93 Numéro 26
La Liberté

Deux candidats, un choix déchirant?

Sylviane Lanthier

Entre Franco Magnifico et Daniel Vandal, qui choisir?

La lutte s’annonce serrée entre les deux principaux candidats dans Saint-Boniface, Franco Magnifico et Daniel Vandal. Vers qui se tournera le vote francophone le 25 octobre et y aura-t-il une tendance démarquée?
« Les deux candidats ont dans leur équipe des francophones qui les appuient, fait remarquer la directrice adjointe du CDEM, Diane Bruyère. Et dans les deux cas, ce ne sont pas des gens sans intérêt. »
Si Daniel Vandal est reconnu pour avoir la francophonie plus à cœur, pour y travailler de façon plus « naturelle », les francophones reconnaissent aussi que Franco Magnifico, après des débuts difficiles, a commencé à « remonter la pente ».

Des débuts difficiles

C’est ce que constate le directeur du développement économique d’Entreprises Riel, Normand Gousseau. « Au début, quand Sam Katz et Franco Magnifico sont entrés en poste, ça a été difficile, rappelle-t-il. Il y avait un grand besoin de les sensibiliser aux enjeux des francophones. La question de l’Esplanade Riel a été un traitement de choc. Il a fallu démontrer que la communauté, ici, avait besoin d’attention, qu’elle avait besoin d’être appréciée et qu’ils comprennent qu’elle a une valeur ajoutée à laquelle il est intéressant de s’associer. »
Avec le temps, croit Normand Gousseau, « Franco Magnifico a fini par comprendre ce qu’on fait à Entreprises Riel. Il a compris alors que de travailler avec nous, c’est aussi bon pour lui. Et c’est un message qu’il a amené jusqu’au maire. »
Reste que l’appui de Franco Magnifico aux projets francophones est encore perçu comme fragile… voire comme purement électoral. C’est ainsi que le maire Sam Katz et son conseiller de Saint-Boniface ont organisé en septembre une rencontre avec une douzaine de représentants de la francophonie, histoire de prendre le pouls de cette communauté.

Voter avec le cœur?

Fallait-il voir dans ce geste une véritable main tendue ou une initiative électoraliste? « Les deux », pense Diane Bruyère qui représentait le CDEM à cette rencontre.
« Ça s’est très bien déroulé, dit-elle. C’était très amical, le maire a posé des questions, pris beaucoup de notes. Il a aussi été très honnête : quand il pensait que la Ville ne pouvait pas appuyer quelque chose, il le disait. On a fait valoir les atouts de la francophonie et notre valeur au plan économique. Tout le monde s’est dit en partant qu’il fallait répéter ça tous les six mois. Reste à savoir maintenant si cette belle ambiance restera après les élections. »
La francophonie perçoit bien la nécessité de collaborer avec les politiciens en place. C’est d’ailleurs le message de plusieurs organisations : peu importe qui détient les rênes du pouvoir, nous travaillerons avec ceux qui sont élus par la population.
Mais, comme le dit Normand Gousseau, quand il s’agit de francophonie, « il y a ceux qui nous appuient parce qu’ils voient qu’on est capables de contribuer à l’essor de la ville, et il y a des gens comme Daniel Vandal pour qui c’est inné. »
Faut-il voter « avec le cœur » ou de façon plus « stratégique »? Choisir « un candidat qu’on aime », comme diraient plusieurs, ou un candidat qui aura l’oreille du maire?

Ou de façon stratégique?

Pour certains observateurs, ce calcul-là n’est pas non plus toujours le bon. « À l’hôtel de ville, ils ne sont que 16 et le maire n’a qu’un vote comme les autres, rappelle un intervenant qui préfère ne pas être nommé. C’est donc une situation où le maire a aussi besoin des autres élus. » Assurer qu’un Daniel Vandal convaincu et travaillant sera toujours moins efficace qu’un autre candidat simplement parce que ce dernier a l’oreille du maire, c’est donc tirer des conclusions hâtives, dit-il.
Franco Magnifico peut se vanter d’avoir obtenu des résultats, dans le cas des pylônes électriques, de la salle du Cercle Molière et du Jardin de sculptures. Mais dans le cas des pylônes, certains diront que Saint-Boniface bénéficie surtout du fait que, de l’autre côté de la rivière, les nouveaux projets en cours nécessitent l’enfouissement des lignes électriques jusque sous la rivière Rouge. Quant au Cercle Molière et au Jardin de sculptures, s’il faut rendre à César ce qui appartient à César, il faut aussi dire que ces projets qui ne datent pas d’hier étaient mûrs pour une approbation.
Quels sont les nouveaux projets de Franco? « C’est un peu ça la question, lance Normand Gousseau. Si Franco est réélu, c’est là qu’on va voir quels sont ses idées, ses projets bien à lui, et qu’on verra comment prend forme sa vision de Saint-Boniface. »

Une bonne compétition

« Il y a encore du chemin à faire », estime aussi le président-directeur général de la Société franco-manitobaine, Daniel Boucher. « Avec Franco et le maire, on a commencé dans un état déficitaire », rappelle-t-il. C’est pourquoi il voit d’un bon œil le niveau de compétition qu’atteint cette course entre Daniel Vandal et Franco Magnifico. « Le fait que cette compétition amène les gens à se prononcer sur la francophonie est un fait positif en soi », dit-il.
Daniel Boucher peur se considérer chanceux; comme il ne réside pas dans Saint-Boniface, il n’aura pas à trancher quand viendra le moment de voter. Mais s’il avait un conseil à donner aux électeurs, « ce serait de considérer la sincérité des engagements ». « Les deux ont des amis dans la francophonie, les deux font des promesses. Ce que les électeurs doivent faire, c’est une évaluation de la sincérité de leurs engagements, parce qu’au bout du compte, c’est avec des gens sincères qu’on avance dans la communauté. »

Editeur : La Liberté


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