Le 11 octobre 2006
Volume 93
Numéro 26
La Liberté
Le K2 de Louis Allec
Patricia Sauzède-Bilodeau
Environ un mois après son retour de la Chine, le grimpeur Louis Allec dresse un portrait de sa difficile, mais exceptionnelle expédition sur les pentes du K2.
Le sommet le plus difficile à atteindre au monde aura donné bien des sueurs froides à Louis Allec et à ses quatre coéquipiers lors de leur expédition s’étant terminée en août dernier. Les parois de ce véritable monstre glacé, selon les connaisseurs, ont forcé l’équipage à rebrousser chemin. Loin d’être amer parce qu’il n’a pas avoir atteint son objectif, Louis Allec raconte son expédition avec passion et beaucoup de sagesse.
À 8 611 mètres d’altitude, le K2 est le deuxième sommet du monde. Pour Louis Allec, il représente plusieurs mois de préparation, de marche, d’escalade de glace et de roche, et beaucoup de yoga. « C’est ce qui me permet de garder ma flexibilité, parce qu’à mon âge, ça se perd », lance-t-il.
Tout a commencé le 4 juillet, date de son départ vers la Chine. « Ce n’est pas facile d’entrer dans le pays à cause de la paperasse entourant les visas, souligne-t-il. Mais nous y sommes parvenus. » Les papiers finalement en règle dans ce pays où « c’est un peu plus compliqué à cause du système communiste », lui et ses amis ont pu débuter leur périple dans les hauteurs. Première étape, monter l’équipement au camp de base. À dos de chameaux, les escaladeurs ont grimpé et effectué des dizaines d’aller-retour pour transporter tout le matériel nécessaire. « Ça nous a pris une vingtaine de journées pour tout apporter avec 28 chameaux, décrit le grimpeur. À chaque voyage, nous avions environ 50 kg de charge. » Le camp de base franchi, le groupe a entrepris la montée vers le sommet… qui s’est finalement soldée par un retour au pays après quelques semaines.
Des avertissements à prendre au sérieux!
En tout, les cinq escaladeurs ont passé 13 semaines à piétiner les monts qui chevauchent les frontières du Pakistan et de la Chine. Treize semaines à admirer le panorama tout en appréhendant les prochains jours. « J’ai l’impression que nous avons reçu entre six ou sept avertissements, se surprend Louis Allec. Comme si on essayait de nous dire d’arrêter. »
Le médecin les accompagnant s’est ainsi blessé au dos. « Et lorsque nous avons tenté de grimper, sept des 17 cordes disponibles pour l’escalade étaient prises sous la glace », décrit-il
Mais ce n’est qu’à 5 200 mètres d’altitude que la troupe a définitivement rebroussé chemin… juste à temps. « Nous devions dormir à cette hauteur, ce que nous n’avons pas fait, poursuit le grimpeur. Une chance puisque nous avons appris qu’une avalanche avait tout emporté cette nuit-là. »
Quelqu’un tentait donc de transmettre un message, croit Louis Allec. Un message ayant beaucoup plus d’importance que l’ascension du K2. « Nous devions partir, c’était définitivement dangereux pour notre vie, a-t-il rappelé. Et je ne suis pas déçu puisque nous avons quand même admiré la montagne et visité un superbe coin. »
De toute beauté
Le manque de communication aura été le plus difficile selon lui. Sa femme, qui l’appuie mais n’approuve pas nécessairement, a eu la frousse à plusieurs reprises. « Elle a entendu que quatre personnes ont été tuées au K2, sans savoir d’où elles venaient, raconte-t-il. Je ne pouvais pas la rejoindre parce que notre téléphone cellulaire ne fonctionnait pas. »
Louis Allec affirme que le plus beau de son voyage reste le peuple qui entoure les montagnes. « Les gens vivent dans des maisons en terre et ils sont heureux, lance-t-il. Ça remet les choses en perspective quand tu reviens à la maison. »
Décrocher de cette réalité à des kilomètres de la sienne reste un défi en soi selon lui. « Pour m’aider, j’enchaîne les séances de yoga afin de reprendre la forme, mais rien de bien plus exigeant physiquement », décrit-il. Il faut dire qu’au retour, l’explorateur pesait 36 livres de moins qu’à son départ. « J’en ai repris 10, mais je suis encore faible, ajoute-t-il. Le plus difficile, c’est plus de reprendre la routine. C’est la vie! »
Editeur : La Liberté
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