Le 11 octobre 2006
Volume 93
Numéro 26
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« Nous avons de plus en plus de clients, explique le directeur du Centre Flavie-Laurent, Gilbert Vielfaure. Est-ce qu’il y a plus de pauvres? Pas nécessairement, mais il y a définitivement plus de gens qui connaissent le centre j’imagine. »
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La Liberté
Une chandelle et 1 000 demandes
Patricia Sauzède-Bilodeau
Le Centre communautaire Flavie-Laurent, autrefois sous la gestion des groupes religieux tels que les sœurs grises, aura bientôt un an. Une première année essoufflante pour les artisans qui côtoient la misère sept jours sur sept.
En novembre prochain, le Centre Flavie-Laurent aura déjà une page de tournée. Celle de sa première année d’existence sur la rue Marion. Et pour les artisans de ce centre communautaire, le plus grand défi reste à venir : contenter la demande qui ne cesse d’augmenter.
Dans son bureau, le directeur du centre depuis l’automne 2005, Gilbert Vielfaure, passe ses journées à trier, calculer, distribuer, et encore trier les objets qui jonchent le sol. La vie roule à 100 à l’heure dans cet établissement qui recueille et redonne des vêtements, des livres, des électroménagers aux gens dans le besoin. Certaines journées, 20 personnes se présentent au centre, mais plus souvent qu’autrement, ce sont près d’une trentaine de familles qui sonnent à la porte pour recevoir de l’aide.
« C’est intense, lance Gilbert Vielfaure. On est comme dans une ruche d’abeilles. » Derrière lui, des bénévoles s’apprêtent à quitter l’entrepôt pour aller livrer des mobiliers de cuisine, des tables et des chaises. « Il y a beaucoup de demandes pour des matelas, ajoute-t-il. J’ai vu justement la semaine dernière une femme avec trois enfants qui n’avaient rien. La mère dormait sur le sol et leur table de cuisine, c’était une boîte de carton. » Des images qui touchent et qui bouleversent, il en voit tous les jours. « Ça vous arrache le cœur, je vous jure », exprime-t-il.
De la dignité
Ouvert depuis presque un an grâce à des subventions provenant des trois paliers gouvernementaux, le centre sur Marion a offert son aide à plus de 1 000 reprises. Le centre rejoint des gens qui ne vivent pas, mais qui survivent. Des gens qui proviennent de Saint-Boniface, de Saint-Vital et du centre-ville, qui sont francophones, anglophones, autochtones et immigrants et qui demandent de la charité, puisque la pauvreté n’a pas de préférence. Et que ces gens dorment sur le sol ou sous le pont, ils ont tous le même traitement, décrit Gilbert Vielfaure. « La première chose que l’on doit donner à ces personnes, c’est la dignité. Parfois, le seul bonjour qu’ils ont de la journée est ici. »
Si les bénévoles démontrent un respect envers les bénéficiaires, ils exigent en échange une responsabilité. Pour éviter les abus, éviter les opportunistes, le centre tient un registre des dons aux bénéficiaires. « Ça peut être humiliant pour beaucoup de personnes, il faut comprendre, souligne-t-il. Mais en même temps, nous devons éviter les exagérations. Il arrive aussi que les magasins de seconde main viennent se procurer des effets gratuitement ici, pour les revendre. » Une situation qu’il considère fort déplorable puisque l’organisme ne fait pas un cent sur ces articles et doit fonctionner avec l’argent du gouvernement.
« Nous avons de plus en plus de clients », ajoute-t-il. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle? « Les deux, défend-il. Est-ce qu’il y a plus de pauvres? Pas nécessairement, mais il y a définitivement plus de gens qui connaissent le centre j’imagine. »
Le ventre vide
« Donnez-moi une couverture, un oreiller, peu importe, en autant que j’aie quelque chose », voilà une demande que les bénévoles du centre entendent régulièrement. Ils sont d’ailleurs près d’une dizaine à donner de leur temps afin de rendre le centre le plus efficace possible. Non seulement les bénévoles traitent les demandes, mais ils doivent se faire tantôt discrets, distants, tantôt attentifs et sensibles aux souffrances.
« Des femmes qui arrivent ici les yeux dans l’eau, j’en ai vues beaucoup, raconte Anne Brisebois. Je peux dire que lorsque tu arrives le soir, tu es content d’avoir ce que tu as. » Bénévole à l’établissement, Anne Brisebois a appris au fil des ans à gérer la peine qu’elle ressent face à la misère.
« L’été dernier, un homme est arrivé ici en disant qu’il n’avait pas pu manger et qu’il était diabétique, décrit-elle. Un des jeunes bénévole est carrément allé chercher son sandwich et le lui a donné avec générosité. Il a su ce que c’était d’être privé de nourriture. »
Editeur : La Liberté
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