Le 27 juin 2005
Le Gaboteur
Les danseuses francophones plus "exotiques"?
Par : Andrée Bélanger
Editeur : Le Gaboteur
Saint-Jean-
En avril dernier une danseuse érotique d’origine québécoise, Marie-Andrée Lauriault, était arrêtée lors de sa prestation au bar Bubbles, situé rue George à Saint-Jean, au cours de laquelle elle aurait commis un acte qualifié d’immoral. Elle a été libérée jusqu’à son procès qui se tiendra le 27 septembre prochain.
Cet incident nous a permis de constater que l’immoralité est un concept qui porte à interprétation, mais aussi de découvrir que la très grande majorité des danseuses érotiques de Saint-Jean sont des Québécoises.
Moralité et législation
Il est difficile de déterminer si Lauriault aurait été menée devant la justice pour les mêmes motifs au Québec, puisque son arrestation faisait suite à une plainte. Son avocat, Me Robert Simmonds, souligne que, de façon générale, la législation québécoise est plus libérale, de même que la mentalité de la population.
Il estime toutefois qu’il serait pratiquement impossible de préciser la loi en ce qui concerne les questions de moralité, puisque les mœurs varient non seulement d’un endroit à l’autre mais aussi d’une personne à l’autre.
Selon lui la question est bien plus personnelle que publique. En effet, non seulement l’employée est majeure et libre de sa prestation, mais le client doit lui aussi être majeur. Ainsi, selon Me Simmonds tout cela n’est qu’une question de choix de la part de la danseuse et du client. En effet le spectacle en question n’est pas offert sur la place publique, mais bien dans un endroit clos où le spectateur doit débourser de sa poche pour entrer et y assister.
Sonia Delisle, gérante du Bubbles, affirme pour sa part que jamais Lauriault n’aurait été arrêtée pour un tel acte au Québec. Par contre, le gérant du Cotton Club, situé rue Queen, Jody Temple, estime que sa prestation était tout à fait illégale, tant à Montréal qu’à Saint-Jean.
En fait, il existe une réglementation dans chacune des provinces (sauf Terre-Neuve-et-Labrador), qui peut parfois varier même entre les différentes villes d’une même région. De plus, la définition de
« contact » (Comme dans « danse avec contact ») est plus ou moins précise d’un endroit à l’autre.
Une chose est sûre, c’est que la danse avec contact est permise au Québec, et que presque tous les clubs de danse érotique l’incluent dans leurs services. Cette prise de position de l’État permet une concurrence plus saine entre les commerces.
D’ailleurs, Mme Delisle et M. Temple s’entendent parfaitement sur le fait que la province de Terre-Neuve-et-Labrador devrait instaurer une réglementation sur le sujet afin de donner une chance égale aux différents établissements de danse érotique. Cela éviterait aussi que les danseuses qui y travaillent soient pénalisées par le code d’éthique de leur employeur, qui diffère d’un endroit à l’autre.
Une industrie québécoise…
Sonia Delisle affirme que toutes les danseuses du Bubbles, à l’exception de deux d’entre elles, sont des Québécoises. Jody Temple assure qu’il en est de même au Cotton Club, où 90% des danseuses viennent du Québec, et ce depuis au moins 10 ans. Le personnel du Sirens, situé rue Water, semble un peu moins homogène, puisque les employées viennent d’un peu partout au Canada, notamment de Vancouver, de Toronto, d’Halifax ainsi que de Saint-Jean même. Toutefois, encore là on nous assure que la majorité des danseuses sont de Montréal.
Pourquoi donc une telle concentration de Québécoises dans ce même domaine, et surtout dans une communauté où la minorité francophone est particulièrement peu nombreuse ?
La toute première réponse à cette question vient du fait que le Québec est le centre de l’industrie de la danse érotique au Canada.
Audrey, danseuse érotique au Cotton Club, explique qu’il existe plusieurs agences, réparties à travers le pays, dont de nombreuses en Ontario et au Québec. Toutefois, Interclub, la plus importante agence dans l’Est du pays, est basée à Montréal. Cette agence dispose d’un vaste réseau de danseuses (elle en compte actuellement de 2 000 à 3 000), car elle est liée à différents clubs dans de nombreux endroits, même à l’extérieur du Canada comme en Jamaïque ou en Australie. De cette façon, les tenanciers de bar sont assurés d’un choix considérable lorsqu’ils ont besoin de personnel, tout autant que les travailleuses lorsqu’elles recherchent un emploi.
L’Ontario est elle aussi un leader dans le domaine de la danse érotique. Toutefois, la proximité du Québec représente un argument décisif pour les tenanciers de clubs de Saint-Jean lorsque vient le temps de recruter de la main-d’œuvre.
…à saveur exotique
Les gérants du Bubbles et du Cotton Club évoquent aussi des motivations moins terre-à-terre à leur choix d’embaucher des Québécoises.
En effet, il semblerait que les clients les apprécient particulièrement, en raison de leur « caractère exotique ». M. Temple affirme même que leur réputation de libéralité ainsi que leur fort accent les rendent plus attirantes et désirables aux yeux des clients.
Audrey est aussi de cet avis. Même si on pourrait croire que l’accent n’a pas vraiment d’importance dans ce type de métier, elle affirme que c’est tout le contraire. En effet, les danseuses ne se contentent pas de réaliser leur prestation ; elles doivent aussi faire du charme afin d’être plus en demande. C’est là que l’exotisme devient un atout important.
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Et pourquoi choisissent-elles Saint-Jean?
Audrey et Mme Delisle affirment toutes deux que les danseuses qui sont passées par Saint-Jean ont été charmées par la ville, où elles se sentent particulièrement à l’aise.
En effet, en passant par une agence comme Interclub une danseuse doit signer un contrat de deux semaines et ne peut rester plus de trois semaines de suite au même endroit, du moins en ce qui concerne Saint-Jean. Elle peut toutefois renouveler son contrat pour le même endroit tous les mois.
Aujourd’hui Audrey habite Terre-Neuve et travaille exclusivement pour le Cotton Club, qui lui plaît notamment parce que le code d’éthique y interdit la danse avec contact. Elle peut donc choisir de ne pas se faire toucher par les clients tout en évitant la concurrence d’autres danseuses qui pourraient accepter le contact.
Audrey qualifie les Terre-neuviens de « sympathiques et accueillants », et elle ajoute que l’endroit est agréable. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a choisi de s’y installer pour de bon.
Mme Delisle a elle aussi beaucoup aimé son expérience dans la région, à un point tel qu’elle a décidé d’y ouvrir son propre club cette année. Elle dit d’ailleurs envisager sérieusement la possibilité de s’intégrer à la communauté francophone de Saint-Jean.
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