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Accueil  Découverte de la francophonie 


Territoires du Nord-Ouest

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Les dernières années


Le concept de francophonie ne voit le jour, dans les Territoires du Nord-Ouest, qu'au début des années 1980, dans la vague de l'adoption, par le gouvernement du Canada, de la Loi constitutionnelle. Les joyeuses réunions d'expatriés du Québec, du Nouveau-Brunswick ou de l'Ontario, qui avaient cours auparavant autour d'une table de cuisine ou sur une plage de Yellowknife, tenaient davantage du club culturel que de l'association représentative.

Tout change en effet avec l'avènement de la Charte canadienne des droits et libertés, notamment des articles 16, 20 et 23. Certains individus prennent alors conscience des droits qui leur sont conférés et entreprennent une démarche d'affirmation identitaire. Au printemps 1984, le gouvernement du Canada dépose à la Chambre des communes un projet de loi qui rendra bilingues les Territoires du Nord-Ouest. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest s'y oppose vigoureusement, arguant de la présence à la fois historique et nettement majoritaire des différents groupes autochtones. Le gouvernement fédéral se rend à ses arguments, retire son projet de loi après la deuxième lecture, tandis que le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest adopte, le 28 juin 1984, une Loi sur les langues officielles qui en reconnaît 8 (11 dans les faits) : le chipewyan, le cri, le dogrib, l'anglais, le français, le gwich'in, l'inuktitut (comprenant l'inuvialouquetoune, c'est-à-dire l'esquimau, et l'inuinnaqtun) et l'esclave (du Nord et du Sud). Une entente est signée ce même jour entre les deux gouvernements : celui du territoire offrira des services en français à la condition que le gouvernement fédéral en assume les coûts et subventionne le développement communautaire des groupes autochtones. Durant les 15 années ultérieures, 30 millions de dollars seront consacrés au français et 53 millions de dollars aux groupes autochtones.

Avec l'avènement de la Fédération franco-téNOise (FFT), le réseau associatif s'élargit et englobe désormais l'île de Baffin (Iqaluit), le delta du Mackenzie (Inuvik), le sud du Grand lac des Esclaves (Hay River et Fort Smith). Initialement, ces associations locales voient le jour dans un seul but : obtenir le signal de Radio-Canada. Peu à peu cependant, la dimension culturelle s'élargira pour céder de plus en plus de place, dans les années 1990, au domaine de l'éducation.

Une dure bataille s'engage en effet à Yellowknife en 1988 : les parents francophones exigent l'instauration d'un programme d'éducation en français langue première. Le gouvernement leur oppose le dynamisme du programme d'immersion déjà en place. Les parents créent une association et intentent un recours judiciaire. Le programme est créé en juin 1989 et, en septembre, les neuf enfants inscrits s'entassent dans une classe située dans une école anglophone. Quelques mois plus tard, des classes portatives (payées par le gouvernement du Canada) sont mises à leur disposition. Elles sont situées dans le terrain de stationnement de l'école J.H. Sissons. Il faudra attendre septembre 1999 pour que les 70 élèves de l'école Allain St-Cyr déménagent dans leur propre bâtiment. Le 13 mai 1999, le conseil scolaire (consultatif) dépose une requête en création d'une commission scolaire francophone. La réponse des deux gouvernements est attendue pour février 2000.

Ce geste de revendication posé par le conseil scolaire et la construction à Yellowknife d'une école homogène découlent des délibérations d'un « Sommet sur l'éducation en français dans les Territoires du Nord-Ouest », organisé en novembre 1996 par la FFT. D'autres effets tangibles en émaneront : école homogène à Iqaluit, programmes de francisation à Fort Smith et à Hay River et programme d'éducation en français langue première dans cette dernière localité depuis septembre 1998, malgré une opposition farouche de la part de certains extrémistes.

La tendance à l'affirmation identitaire se poursuit en 1998, année du 20e anniversaire de l'ancêtre de la FFT, l'Association culturelle franco-ténoise. Les 4 et 5 mars 1999, la Fédération tient un « Forum sur le français aux Territoires du Nord-Ouest » où l'on constate la médiocrité des services en français offerts par le gouvernement territorial et l'indifférence du gouvernement du Canada. À la suite du rejet gouvernemental des recommandations du Forum, la FFT intente une poursuite judiciaire à l'encontre des deux gouvernements qui sera déposée le 25 janvier 2000. L'Association franco-yukonnaise se joint à ce recours judiciaire à titre d'intervenante. La démarche de la Fédération et des autres demandeurs comprend deux axes : d'une part, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, en 15 ans et malgré les millions de dollars reçus, n'a pas mis en œuvre sa propre loi et, d'autre part, les Territoires du Nord-Ouest sont une institution du Parlement du Canada. De ce fait, ils sont soumis aux articles 16 et 20 de la Charte et le gouvernement fédéral y a l'obligation d'actualiser ou de veiller à l'actualisation des droits des Franco-Ténois.

Le 1er avril 1999, la partition des Territoires du Nord-Ouest ampute le réseau associatif de ses deux membres situés à Iqaluit et d'un tiers de sa communauté. En revanche, la Fédération amorce le développement de la communauté d'Inuvik située au-delà du cercle polaire et jusqu'ici pratiquement isolée de la communauté concentrée autour du Grand lac des Esclaves. En 1999 également, la FFT conclut le premier partenariat francophones-autochtones : il sera de nature culturelle par la création d'une sculpture monumentale, œuvre de Sonny MacDonald, Métis de Fort Smith, John Sabourin, Déné de Fort Simpson, Eli Nasogaluak, Inuvialuk de Tuktoyaktuk et Armand Vaillancourt, Québécois de Montréal.

Acquise le 1er février 1997, la Maison Laurent-Leroux constitue l'unique infrastructure de la communauté franco-ténoise, qui caresse toutefois le rêve de doter chacune des localités d'un centre communautaire. Dans cette perspective, la Fédération manifeste un vif intérêt pour le concept de guichet bilingue de services gouvernementaux (fédéraux, territoriaux et municipaux) sous un même toit.

La communauté franco-ténoise ne jouit pas d'une masse critique en pour ce qui est du nombre, mais elle détient un poids politique certain au sein d'une mosaïque de cultures et d'intérêts. Dans la capitale, davantage qu'au sein des localités périphériques, elle jouit d'une visibilité considérable et d'une indéniable crédibilité. Même si, depuis la partition des Territoires du Nord-Ouest, la population autochtone a cédé la majorité aux composantes (francophone et anglophone) non autochtones, tant les gouvernements que la communauté franco-ténoise doivent composer avec cette dynamique multiethnique, user de stratégies porteuses de consensus, multiplier les alliances, rassurer et respecter les engagements. Les Franco-Ténois misent, dans cette perspective, sur la solidarité de leur communauté cimentée depuis dix ans par le succès de politiques axées sur la concertation.
Sources et droits d'auteurs

Modification : 2005-05-27

 


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